The Famous Project CIC au cap Leeuwin

Alexia Barrier
Trophée Jules Verne 2024/2025


Créé le:
24 décembre 2025 / 7:32
Modifié le:
28 décembre 2025 / 7:37

C’est à l’heure, décalage horaire oblige, où les Australiens ouvrent leurs cadeaux de Noêl que les navigatrices du projet 100% féminin de The Famous Project CIC ont franchi à 13 heures 19  (heure française) la longitude du Cap Leeuwin à la pointe sud ouest du continent Australien. Alexia (Barrier), Dee (Caffari), Annemieke (Bes), Rebecca (Gmür Hornell), Deborah (Blair), Molly (LaPointe), Támara (Echegoyen) et Stacey (Jackson) cochent ainsi le deuxième des trois grands marqueurs de leur tour du monde, après Bonne Espérance le 16 décembre dernier, et avant le Horn, au terme de 25 jours de navigation depuis leur départ d’Ouessant.

Un franchissement hautement symbolique, surtout pour les néophytes du bord, reçu et apprécié comme un véritable cadeau au terme d’une belle et rapide semaine dans l’Océan Indien. Le Maxi trimaran IDEC SPORT a démontré toute l’étendue de ses étonnantes qualités marines, dans la mer formée et dans le puissant vent de nord ouest qui a permis à Alexia et ses « girls » de tutoyer les 700 milles parcourus par 24 heures, à plus de 27 noeuds de moyenne.
Une cavalcade brièvement interrompue ce matin par un énorme filet de pêche et ses flotteurs accrochés dans le foil tribord du grand multicoque. « On est passé de 30 noeuds à 5 noeuds! » décrit Alexia. « On a mis le bateau en marche arrière et on a pu retirer ce gros filet, mais le foil est demeuré bloqué un moment en position basse. Tout est à présent rentré dans l’ordre. »
Ainsi va la vie tumultueuse des aventurières du grand Sud, quand à l’euphorie succède l’inquiétude, et vice versa. Mais en cette veille de Noêl, il faudra plus qu’un filet de pêche pour troubler l’enthousiasme de l’équipage plus à l’aise que jamais dans la conduite de son multicoque géant dans les conditions si exigeantes du Grand Sud.Alexia Barrier :
« Leeuwin, c’est un cap qui impose le respect, même quand tout se passe bien. On sait qu’on est loin de tout, engagé, et qu’on ne joue plus avec les marges. Le franchir, c’est à la fois une fierté et un rappel : on est invités ici. Alors on reste humbles, concentrées, et reconnaissantes de pouvoir passer.

L’Indien reste l’Indien : exigeant, changeant, parfois rude. La grande différence avec mon Vendée Globe, c’est le support et l’équipage. En solitaire, tout est plus lourd mentalement, chaque décision repose sur toi. Ici, on partage l’analyse, la veille, l’effort. Ça permet d’aller plus vite, mais ça n’enlève rien à la complexité de l’océan.
Le bateau est sain, l’équipage de plus en plus précis, et on est dans une zone où chaque fenêtre peut compter. Mais on ne force pas les choses : le record est une conséquence possible, pas un objectif en soi.
Notre montée en confiance est progressive. 

L’équipage vit bien. Il y a de la fatigue, bien sûr, mais surtout une vraie solidité mentale. L’ambiance reste saine, engagée, avec beaucoup de soutien entre nous. On sent que le collectif est un vrai moteur, et ça fait toute la différence sur la durée.
Notre avarie de hook a constitué un incident sérieux, mais maîtrisé. On a identifié le problème, sécurisé la situation et adapté notre fonctionnement en conséquence. Le bateau continue d’avancer dans de bonnes conditions, et on reste très vigilantes sur la suite. En mer, la clé, ce n’est pas d’éviter tous les problèmes, c’est de savoir les gérer. »

Le cap Leeuwin selon Annemieke Bes (Pays-Bas) :
« Le cap Leeuwin est le point le plus au sud-ouest de l’Australie continentale. C’est un endroit magnifique, spectaculaire et chargé d’histoire, où les puissants océans Indien et Austral se rencontrent de manière spectaculaire. Il est marqué par le plus haut phare d’Australie continentale, un repère essentiel pour les navires et un site touristique populaire connu pour sa beauté sauvage et l’observation des baleines. Il tire son nom du navire néerlandais Leeuwin (Lionne) qui l’a aperçu en 1622 et il constitue un point de repère majeur. »

Stacey Jackson (Australie ) :
« Je suis vraiment fière de passer la ligne du cap Leeuwin, car cela me rapproche un peu plus de l’objectif final. Être si près de l’Australie sans s’arrêter est tout à fait acceptable pour la mission.
Ce 24e jour en mer semble désormais être une routine normale. Même si certains jours sont meilleurs que d’autres, je considère toujours comme un privilège de faire quelque chose d’aussi cool que le Jules Verne.
C’est ma première fois sur un grand trimaran en pleine mer et c’est tout ce que j’attendais, voire plus. Il est rapide et amusant et vous oblige à être toujours un peu plus concentré qu’un voilier monocoque.
J’ai hâte de naviguer dans le Pacifique, mais les prévisions météo ne sont pas aussi bonnes qu’elles devraient l’être en ce moment. Bizarrement, il n’y a pas beaucoup de vent, plutôt que trop. Mais nous irons jusqu’au cap Horn. L’Everest de la voile.

La 80e Sydney-Hockey Race commence le Boxing Day (26 décembre) sans moi cette année, ce qui est triste pour moi de manquer le départ. (Stacey a participé à 19 éditions de cette grand classique Australienne ndlr) Mais je considère que j’ai une excuse acceptable pour ne pas être sur la ligne de départ. Je suivrai toutefois de près mes coéquipiers sur le Palm Beach 100 et mes amis sur d’autres bateaux. »



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