The Famous Project CIC : huit pionnières et un condensé d’émotions

C’est une journée à part, de celles qui ont le goût de l’histoire et des souvenirs marqués à jamais. Ce lundi, huit femmes, huit sourires et huit visages façonnés par le large ont offert la démonstration éclatante que les rêves peuvent devenir réalité. La Française Alexia Barrier, les Britanniques Dee Caffari et Deborah Blair, la Néerlandaise Annemieke Bes, la Suissesse et Néozélandaise Rebecca Gmuer, l’Espagnole Tamara « Xiquita » Echegoyen, l’Américaine Molly Lapointe et l’Australienne Stacey Jackson ont constitué le premier équipage 100 % féminin à boucler un tour du monde à bord d’un multicoque et sans escale. Jusqu’au bout, elles ont dû résister à une météo capricieuse. Sans grand-voile (déchirée par une tempête mercredi dernier) mais avec un grand cœur, elles ont bouclé la boucle après 57 jours, 21 heures et 20 minutes de mer.

BREST, FRANCE – JANUARY 26 : Arrival of Alexia Barrier and his crew of The Famous Project CIC Dee Caffari, Annemieke Bes, Deborah Blair, Molly LaPointe, Támara Echegoyen, Stacey Jackson and Rebecca Gmür Hornell – aboard the Maxi Trimaran IDEC Sport off Ouessant, after the Jules Verne Trophy, a non-stop crewed round-the-world race, in Brest on January 26, 2026. Photo © Lloyd / Jmliot Images / CIC

Le franchissement de ligne à 12 heures a eu valeur de délivrance. C’était enfin le temps de la légèreté, des embrassades et d’une bière bien fraîche et bien méritée. À l’arrivée à Brest, elles ont allumé des fumigènes et goûté à l’accueil chaleureux des Brestois. Si la pluie a redoublé d’intensité, elle n’a eu raison ni de leur enthousiasme, ni de leur bonheur communicatif. Thomas Coville et Benjamin Schwartz, détenteurs du Trophée Jules Verne depuis la veille, leur ont remis des fleurs aux pontons, symbole du respect qui unit les femmes et les hommes de mer. Des centaines de spectateurs se sont ensuite massés autour de la scène pour les applaudir et les féliciter. Une communion avec le public, à Brest comme partout dans le monde à travers les réseaux sociaux, qui a montré la forte adhésion populaire qui les a accompagnés pendant 57 jours. Au fil de cette aventure hors norme, ces drôles de dames du large ont créé un précédent et une première marque de référence. Désormais, les huit navigatrices cultivent le doux espoir de susciter des vocations chez les petites filles et les convaincre d’écrire à leur tour leur propre histoire. Alexia et ses “girls”, elles, resteront à jamais les premières, à toujours des pionnières.

PAROLES DE NAVIGATRICES

Alexia Barrier (Française, 46 ans) : 
« C’est une grande fierté et une grande délivrance. Ces derniers jours ont été très compliqués avec la météo, les avaries alors le fait d’arriver, c’est vraiment incroyable, je suis tellement fière de nous et des progrès. Ce qu’il y a de plus beau, c’est de voir la force du collectif et la manière dont nous avons pris soin de nous. Entre Deborah Blair, la plus jeune (23 ans) qui n’avait jamais franchi l’équateur et Dee Caffari (53 ans), la « daronne » et ses 7 tours du monde, nous avons su former une belle équipe et nous avons appris. On s’est lancé dans un défi de géant. Personne ne pouvait imaginer ce qui allait se passer. Nous y sommes allés avec insouciance, détermination et surtout avec la rage au ventre. Partir faire le tour du monde en multicoque, c’était culotté mais je suis heureuse de savoir qu’on fait désormais partie des géants. »

BREST, FRANCE – JANUARY 26 : Arrival of Alexia Barrier and his crew of The Famous Project CIC Dee Caffari, Annemieke Bes, Deborah Blair, Molly LaPointe, Támara Echegoyen, Stacey Jackson and Rebecca Gmür Hornell – aboard the Maxi Trimaran IDEC Sport off Ouessant, after the Jules Verne Trophy, a non-stop crewed round-the-world race, in Brest on January 26, 2026. Photo © Lloyd Images / Jmliot Images / CIC

Dee Caffari (Britannique, 57 ans) :
« Après 57 jours en mer, nous avons la chance d’être de retour ici, à Brest, avec tout le public présent et tous ceux qui nous ont soutenus. Bien entendu, nous étions huit à bord mais cette performance, c’est aussi celle de tous ceux qui nous ont accompagnés pendant cette incroyable aventure. Merci aussi à ceux qui nous ont encouragés autour du monde. Le fait que Thomas Coville et Benjamin Schwartz nous offrent un bouquet de fleurs sur le ponton, c’est très symbolique. Ils ont réalisé une prouesse exceptionnelle mais on n’a pas dit notre dernier mot (rires) ! Quoi qu’il en soit, ce qu’on vient de réaliser pose les fondations pour construire l’avenir. »  

Molly Lapointe (Américano-Italienne, 28 ans) :
« C’est un bonheur de voir la terre et de respirer à nouveau ! Bien sûr que ça a été long et ça n’a pas tous les jours été facile donc forcément, ça fait du bien d’être rentrée ! Les derniers jours, les conditions à bord ont été vraiment dures et le pire, c’est que ça a continué après avoir franchi la ligne d’arrivée ! Mais maintenant, c’est derrière nous. On va pouvoir prendre une douche et dormir dans un lit donc tout va bien ! »

Rebecca Gmuer (Suisse – Néozélandaise, 25 ans) :
« Je suis vraiment très fière de nous, de ce qu’on a fait et de savoir qu’on a réussi à revenir à Brest. Il y a eu des moments durs, nous avons été confrontées à des choses qui ne sont pas faciles à gérer. Pourtant, on a toujours réussi à être soudées dans les bons et les mauvais moments et à avancer ensemble, coûte que coûte. Maintenant on va pouvoir profiter ! »

Stacey Jackson (Australienne, 41 ans) :
« C’était un sacré challenge, on a eu tout ce qu’on peut affronter dans ce genre de défi. Ce qui est le plus difficile, c’est de réussir à ramener le bateau sans rien casser. Je suis très heureuse de cette aventure. En 57 jours, tu as forcément des jours difficiles mais ce qui compte, c’est de se rappeler pourquoi on est là, pourquoi on se bat. Et à la fin, c’est juste incroyable de le célébrer. J’ai la chance que mon copain soit venu de Sydney. Il a traversé le monde pour me retrouver ! »

Annemieke Bes (Néerlandaise, 47 ans) :
« Je crois que le moment dont je suis le plus fière, c’est celui que l’on vit aujourd’hui. Être là avec toute l’équipe et être aussi heureuse, c’est génial. Nous avons vécu des moments durs, des hauts et des bas, on a parfois douté, parfois pensé qu’on n’arriverait jamais au bout. Mais avec de la détermination, on a réussi, on a fini et j’en suis très heureuse. »

Deborah Blair (Britannique, 23 ans) :
« Comme nous toutes, je suis super contente de retrouver mes proches. Mon copain et mes parents sont venus ici, ils étaient déjà là au départ. Nous avons vécu de supers moments à bord, des instants de joie intense. Je pense au “Secret Santa” qu’on a fait à Noël et de notre petite et courte fête pour célébrer le nouvel an… C’était sympa mais j’ai quand même prévu de fêter à nouveau Noël avec mes proches dès que je rentrerai en Angleterre ! »

Tamara Echegoyen (Espagnole, 41 ans) :
« Je ressens beaucoup de bonheur de terminer ce tour du monde et cette sacrée aventure au sein de cette belle équipe. Il me tient à cœur de remercier profondément Alexia (Barrier). C’est elle qui a eu l’idée de ce projet, qui nous a rassemblées, qui y a cru, qui nous a permis d’aller au bout. Elle a transformé ce rêve en réalité et je lui en serais toujours reconnaissante ! »

PAROLES DE PARTENAIRES

Daniel Baal, président du CIC :
« Elles l’ont fait ! Pour la première fois, un équipage 100% féminin vient d’établir un temps de référence autour du monde et sans escale sur un maxi trimaran. Je tiens au nom du CIC à féliciter Alexia Barrier et ses sept coéquipières de The Famous Project CIC, ainsi que toute l’équipe qui les a accompagnées. Le défi était réel, il a été relevé dans l’adversité et contre les éléments. Ce tour du monde révèle la force d’un collectif au service de la performance, mais surtout il restera dans l’histoire. La performance des 8 femmes de The Famous Project CIC devient aujourd’hui le marqueur d’une évolution nécessaire de la société, dans le monde sportif autant que dans le monde de l’entreprise. »

Patrice Lafargue, président du GROUPE IDEC et d’IDEC SPORT :
« Jour après jour, à bord du maxi-trimaran, Alexia Barrier et son équipage ont démontré que toute réussite repose avant tout sur la force du collectif et l’engagement total. Envers et contre tout, elles ont avancé avec conviction et détermination, sans jamais dévier de leur cap. La performance ne se résume pas à une question de vitesse, mais à la capacité de tenir une trajectoire malgré les changements et les épreuves. Dompter un tel bateau n’est pas chose aisée. Les miles accumulés et les difficultés rencontrées ont forgé une expérience précieuse. Là où beaucoup auraient renoncé en cours de route, les huit navigatrices ont fait le choix de poursuivre, coûte que coûte. On ne peut que les féliciter. IDEC SPORT est fier d’avoir soutenu le projet The Famous Project CIC d’Alexia Barrier dans ce défi d’une exigence exceptionnelle. »

Eric Pasquier, Directeur général adjoint de Sopra Steria :
« L’exploit de ces huit navigatrices force le respect : tenir, jour après jour, seules face aux éléments, dans des conditions qu’on peine à imaginer depuis la terre ferme. Malgré les avaries accumulées, les décisions à prendre en quelques secondes qui engageaient tout, elles ont fait preuve d’une résilience exceptionnelle et sont allées jusqu’au bout. Chez Sopra Steria, nous sommes très fiers d’avoir été à leurs côtés tout au long de cette aventure, avec nos technologies et l’élan de nos 50 000 collaborateurs. »

 Amanda Mille, Directrice de la marque et des partenariats de Richard Mille :
« Cette tentative du Trophée Jules Verne a été une véritable performance, autant sportive qu’humaine. Malgré les avaries et les conditions exigeantes, l’équipage est allé au bout avec une résilience remarquable, démontrant que terminer dans ces conditions relève d’un véritable exploit. Nous sommes fiers de la prouesse réalisée par les filles qui ont su rester engagées jusqu’au bout. » 

 

Arrivée de The Famous Project CIC sur la ligne demain lundi entre 13 et 16 heures

Le grand voyage autour du monde des navigatrices de The Famous Project CIC trouvera demain lundi à la mi-journée, entre 13 et 16 heures, sa conclusion, quand le Maxi Trimaran IDEC SPORT viendra franchir la ligne d’arrivée à Ouessant.

Il faudra compter encore environ 4 heures avant de voir Alexia (Barrier), Dee (Caffari), Annemieke (Bes), Rebecca (Gmür Hornell), Deborah (Blair), Molly (LaPointe), Támara (Echegoyen) et Stacey (Jackson) entrer en rade de Brest et venir amarrer leur géant quai Malbert.

Mais avant cette conclusion tant attendue, c’est un golfe de Gascogne des mauvais jours qu’elles doivent affronter sur un voilier bien diminué, depuis la perte de sa grand voile. Les navigatrices de The Famous Project CIC ont, avec bonheur ces dernières 24 heures, su progresser efficacement vers la France et la Bretagne, parvenant à maintenir près de 16 noeuds de vitesse moyenne en alternant en fonction de la force et de la direction du vent, trinquette (J3) et foc (J2). C’est sous mât seul, avec peut-être encore le J3 qu’elles vont devoir négocier les 45 noeuds de nord nord ouest attendus à proximité du plateau de Rochebonne, aussi connu pour l’infernal état de ses eaux provoqué par la remontée des hauts fonds du plateau continental. On le voit, rien ne sera épargné au vaillant équipage en passe de toucher son Graal, devenir le premier équipage féminin à boucler une circumnavigation en multicoque.

Alexia Barrier concernant le record de l’équipage de Sodebo : « Nous souhaitons à Thomas Coville et tout l’équipage de Sodebo nos chaleureuses félicitations. Nous vous avons suivi de A à Z. C’est extraordinaire, historique. Bravo pour votre record ! » 

Sodebo, une incroyable réussite collective

En devenant ce dimanche 25 janvier 2025 l’équipage le plus rapide autour du monde, Thomas Coville, Benjamin Schwartz, Frédéric Denis, Pierre Leboucher, Léonard Legrand, Guillaume Pirouelle et Nicolas Troussel s’offrent un record qui n’avait plus été battu depuis neuf ans et treize tentatives. Ce temps de 40 jours, 10 heures et 45 minutes et 50 secondes* appartient désormais à l’histoire.  Leur cohésion, leur abnégation et leur humilité tout au long de ce tour du monde sont les meilleures illustrations des valeurs insufflées au quotidien par Sodebo. Ce succès célèbre le collectif, l’audace, la solidarité et la fidélité, ce que défend Sodebo avec passion en course au large depuis 1998.

Ils ont enfin pu lâcher la barre, les quarts, leur concentration extrême et ce qui fait leur vie depuis plus d’un mois. Ce dimanche matin, les sept marins de Sodebo Ultim 3 ont laissé exploser leur joie et savouré, surtout, leur incroyable performance, les émotions et le vertige qui vont avec. Pour la première fois depuis neuf ans et treize tentatives, un équipage est parvenu à battre le record autour du monde à la voile. En bouclant leur tentative en 40 jours, 10 heures et 45 minutes et secondes, ils réalisent un exploit de géant malgré des conditions beaucoup moins propices que celles de leur prédécesseur, IDEC Sport (en 2017). C’est aussi le premier trimaran volant à boucler un tour du monde sans escale. Mais ce succès est loin d’être seulement une affaire de chiffres et de statistiques. C’est une incroyable aventure humaine, le fruit d’un travail collectif de longue haleine basé sur des valeurs communes.

« À bord, il y a une confiance mutuelle » (Thomas Coville)
« Cet exploit, c’est le résultat de la belle histoire que l’on écrit depuis 27 ans avec Thomas », confie ce dimanche Patricia Brochard, co-présidente de Sodebo. Ces marins et toute l’équipe à terre démontrent pour elle « ce qui est important au quotidien dans notre entreprise ». « Ils ont avancé et grandi ensemble comme nos salariés qui s’attachent à faire grandir Sodebo ». Un état d’esprit qui s’insuffle aussi dans l’engagement de l’entreprise en course au large depuis 1998 et son soutien inconditionnel à l’équipe menée par Thomas Coville.
La quête du Trophée Jules Verne est en effet une des meilleures illustrations de la pugnacité et de la force de conviction chez Sodebo. L’équipe a tenté sa chance à quatre reprises ces six dernières années (une fois en 2020, deux fois en 2024 et cette année 2025). Malgré les deux tentatives avortées l’an dernier – l’une à l’équateur, l’autre dans l’océan Indien – la cohésion et la solidarité au sein de l’équipage étaient déjà particulièrement fortes. Et ils savaient qu’ils avaient cette histoire commune à terminer ensemble. C’est chose faite ! Ce n’est pas un hasard si tous les marins qui étaient de l’aventure l’an dernier ont souhaité repartir cet hiver, se replonger dans un défi aussi exaltant qu’incertain. Rapidement, ils ont retrouvé leurs automatismes en mettant leurs compétences et leur savoir-faire au service de l’intérêt commun. « À bord, il y a une confiance mutuelle entre nous, assure Thomas Coville. Le facteur X, c’est le fait que le geste des uns amène le geste des autres, que le courage des uns entraîne celui des autres ».

Entre audace, constance et résistance
Avant de s’élancer, tous savaient qu’il fallait faire preuve d’audace et provoquer, aussi, ce zeste de réussite et de chance primordial dans ce type de tentative. Les « Sodeboys » l’ont démontré d’entrée de jeu en profitant d’une fenêtre météo intéressante après seulement quatre jours de stand-by. S’ils ont réussi un départ canon, ils ont ensuite bataillé : contrairement à IDEC Sport en 2017, ils ont dû rallonger la route et s’adapter face à des enchaînements météo loin d’être idéaux. À titre d’exemple, l’équipage de Francis Joyon avait traversé l’océan Indien sans réaliser un seul empannage alors qu’il en a fallu plus d’une vingtaine pour Sodebo Ultim 3 !
Le long contournement de l’anticyclone de Sainte-Hélène dans l’Atlantique Sud, la présence d’icebergs, et les dizaines d’empannages dans les mers du Sud, l’avarie d’amure de J0 au retour, la traversée de la tempête Ingrid : tout au long de leur tentative, rien n’aura été facile. Mais leur sérieux, leur résistance et leur constance, tout comme leur bonne humeur communicative, ont façonné leur tour du monde et menés jusqu’à cet incroyable record.

Une joie à la hauteur de l’exploit
Une performance de haute volée jusqu’au dernier bord, entre Ouessant et le cap Lizard, avant de franchir la ligne à près de 40 nœuds et enfin d’exulter et de lâcher prise. Les conditions sont devenues plus clémentes, une éclaircie a percé la grisaille et les marins ont enfin pu lâcher prise. Enfin, ils pouvaient profiter et prendre progressivement la mesure de leur exploit. Progressivement, ils ont aperçu des dizaines de bateaux, des visages familiers, ceux des proches, de l’équipe, des collaborateurs de Sodebo. À l’approche du port, ils ont vu ces centaines de spectateurs, massés tout au long de la rive et autour du quai Malbert. À chacun ses retrouvailles, ses larmes, ses sourires, ses embrassades. Les familles sont ensuite montées à bord, le champagne a été sabré, la communion avec le public a été totale. Pour leurs premiers pas à terre, ils ont eu le droit à une haie d’honneur formée par les spectateurs jusqu’à la scène où ils sont revenus sur leurs exploits. Les sept fantastiques – que Thomas appelle “le sept majeur” – ont ainsi commencé à renouer avec la terre avec le cœur léger et la certitude que la fête ne fait que commencer.

LES SEPT MARINS RACONTENT LE TOUR DU MONDE
La prouesse collective par Thomas Coville :
« Un projet comme ça, c’est le projet d’une vie. On voit passer les années, les échecs, les constructions pour aboutir à ce graal. Quand on le réalise avec des personnes d’univers différents, qui acceptent de se battre avec la même envie et la même détermination, c’est fantastique. On vit ça très rarement dans une vie. Je tiens à remercier l’équipe technique pour tout le travail en amont. Sodebo Ultim 3 est devenu le premier Ultim à boucler le tour du monde sans s’arrêter. Et jusqu’à la dépression Ingrid, on n’a quasiment rien abîmé sur le bateau ! À bord, dans notre petite capsule, il y a une forme de respect qui nous a tous animés et qui nous a permis d’aller au bout. Et à l’arrivée, il y a une incroyable joie collective. »

Le départ et la descente de l’Atlantique par Benjamin Schwartz :
« Le départ, ça a été le premier choix difficile de ce tour du monde. Au cours de la semaine précédente, on a décidé de ne pas prendre la fenêtre météo. Et le samedi, Philippe Legros (responsable de la cellule routage) nous dit que c’est vraiment une belle opportunité. Le lendemain, on regarde et on se dit « on n’a pas le choix, il faut y aller ». L’équipe technique a fait un incroyable travail, on a tout chargé dans le bateau et on est partis le lundi (15 décembre). Et l’avance qu’on a eue à l’équateur (4 jours 4 heures 2 min 25 sec) a été un trésor. Ça a été déterminant pour battre le Trophée Jules Verne. »

Le passage des caps par Léonard Legrand :
« À chaque cap, il y a toujours beaucoup de joie et d’émotions. Mais c’est rapide parce qu’il y a toujours du travail et qu’il ne faut pas s’assagir ! Quoi qu’il en soit, ce sont de supers moments à vivre. Nous avons eu la chance à chaque point intermédiaire de marquer un nouveau temps de référence, sauf à l’antiméridien. À chaque fois, on le voyait s’afficher sur Wikipedia. C’est très symbolique, comme en Formule 1 quand on allume les secteurs violets… Mais ce sont des souvenirs qui resteront ! »

Le cap Horn par Nicolas Troussel :
« Le cap Horn, c’était magique, un grand moment. On a eu de la chance de passer de jour, avec du gros temps. On a pu passer un peu de temps dehors pour l’admirer. Dans la vie d’un marin, c’est un moment très fort et un aboutissement. Et puis ça nous a permis de passer du temps tous ensemble parce que finalement, on se croise plus qu’autre chose entre les quarts. »

La remontée de l’Atlantique Sud par Guillaume Pirouelle :
« Quand on franchit le cap Horn, on a tendance à se dire qu’on est bientôt arrivé mais Thomas nous avait prévenu qu’il ne fallait pas nous relâcher. Les routages ont été pessimistes jusqu’à l’équateur, on se disait qu’on allait perdre notre avance. Il a fallu s’accrocher. On a réussi à passer deux transitions mieux qu’attendu, ce qui nous a permis d’être un peu plus rapide qu’espéré. Mine de rien, ça faisait plus de 30 jours qu’on naviguait et le bateau commençait à fatiguer. On a eu une frayeur avec la casse de l’armure de J0 qui aurait pu avoir de plus graves conséquences. Mais on a su garder le rythme ! »

La dépression Ingrid et l’arrivée, par Frédéric Denis :
« Nous avions déjà plus de 35 jours de mer et on avait réussi à conserver de l’avance par rapport à IDEC Sport. La remontée dans l’alizé a été rapide mais chahutée. Ensuite, nous avons dû faire face à la dépression Ingrid qui nous barrait la route. Ce n’était vraiment pas facile à négocier et il y avait forcément de l’appréhension à ramener le bateau en un seul morceau. On sentait les vagues virulentes contre la coque et on sait que cela peut arracher des morceaux du bateau. On a su faire les bons choix et garder notre sang-froid. Ça nous a permis de tenir bon jusqu’au bout et de nous offrir ce record ! »

BREST, FRANCE – JANUARY 25 : Thomas Coville and his crew, Benjamin Schwartz, Léonard Legrand, Frederic Denis, Pierre Leboucher, Guillaume Pirouelle, Nicolas Troussel, aboard the Maxi Trimaran Sodebo Ultim 3 off Ouessant, celebrate winning the Jules Verne Trophy, a non-stop crewed round-the-world race, in Brest on January 25, 2026. Photo © Lloyd Images / Sodebo

La joie de l’arrivée, par Pierre Leboucher : 
« Ça fait vraiment du bien d’arriver ! Les dernières heures ont été compliquées à cause du passage de la tempête. Nous avions tous confiance dans le bateau mais on savait aussi que la casse pouvait survenir à tout moment. Mais on a tenu bon jusqu’au bout. Globalement, ça s’est toujours très bien passé entre nous, même si on a vécu 40 jours dans une petite zone de vie. Nous étions tous concentrés sur l’objectif, c’était vraiment chouette ! Tous nos proches sont venus, j’ai de la famille de Paris, des amis de Toulouse, mes voisins… Avec l’accueil du public, la chaleur humaine qu’on a ressentie ici à Brest, c’est juste incroyable et très émouvant ! »

40 JOURS, 10 HEURES ET 45 MINUTES POUR FAIRE LE TOUR DU MONDE À LA VOILE

En franchissant la ligne entre Ouessant et le cap Lizard après 40 jours, 10 heures, 45 minutes en mer, Sodebo Ultim 3 devient le bateau le plus rapide autour du monde. Thomas Coville, Benjamin Schwartz, Frédéric Denis, Pierre Leboucher, Léonard Legrand, Guillaume Pirouelle et Nicolas Troussel ont été plus rapides de 12 heures et 44 minutes par rapport au précédent record, détenu par IDEC Sport depuis 2017. Il aura donc fallu neuf ans, treize tentatives, dont trois de Sodebo, pour que ce record iconique de la course au large soit battu. 

Les skippers n’ont pourtant pas été épargnés par les conditions, ont dû allonger la route dans l’Atlantique sud, éviter les icebergs dans les mers du Sud et résister à la tempête Ingrid à l’approche de l’arrivée. Cela ne les a pas empêchés, après un départ canon, de s’offrir deux records (Ouessant-équateur et l’océan Pacifique) et de signer des temps de référence à chaque cap (Bonne Espérance, Leeuwin et Horn). Au-delà de la performance sportive, cette aventure est avant tout une formidable histoire collective partagée jour après jour et portée par un formidable engouement populaire. Cet exploit historique célèbre le sens du collectif, l’engagement et la fidélité dont fait preuve Sodebo, acteur majeur de la course au large depuis 1998.

Patricia Brochard, co-présidente de Sodebo : 
« C’est une joie intense, à la fois du soulagement et beaucoup d’excitation. On est entouré de la famille, des amis, des partenaires et de nombreux salariés de Sodebo. On est très heureux et très fiers de partager ce moment avec eux, comme nos marins l’ont fait tout au long de leur parcours. C’est le résultat de la belle histoire commune que nous écrivons depuis 27 ans avec Thomas (Coville). Ce qui nous plaît, c’est de voir des femmes et des hommes réunis autour d’un projet commun, avec une détermination à toute épreuve. Ils démontrent ici ce qui est important pour nous au quotidien dans notre entreprise. Ils ont avancé ensemble, ils ont grandi ensemble, comme nos salariés, très mobilisés et attachés à faire grandir Sodebo. »

LIVE | Sodebo Ultim 3 nouveau détenteur du Trophée Jules Verne

À suivre Arrivée dans la rade de Brest, en direct

https://www.youtube.com/watch?v=DknhJsa7CCU&list=PL95LaQy3Y3uCpdhOQhYppd9mXQz1mq3sX&index=6

7h49 – Sodebo Ultim 3, 10ème équipage à battre le record du Trophée Jules Verne 

Après 40 jours, 10 heures, 45 minutes et 50 secondes, Sodebo Ultim 3 bat le nouveau record du Trophée Jules Verne.

 

7h43 – Live du passage du passage de ligne

Il ne reste que quelques milles à l’équipage de Sodebo avant le passage de la ligne de ce Trophée Jules Verne. Suivez en direct cette fin de tour du monde !

https://www.youtube.com/watch?v=LRYs95Arwxk&list=PL95LaQy3Y3uCpdhOQhYppd9mXQz1mq3sX

The Famous Project CIC définitivement privé de grand voile

Il était 21 heures hier soir quand, durant la manœuvre d’empannage déclenchée pour contourner l’île de Terceira aux Açores, la tête de la grand voile du Maxi Trimaran IDEC SPORT s’est déchirée. On rappelle que cette même voile majeure s’était déjà déchirée en son milieu durant une manœuvre similaire hier matin, contraignant Alexia et ses navigatrices à affaler la toile jusqu’au niveau du deuxième ris. Elles comptaient rallier Ouessant et la ligne d’arrivée sous cette configuration au demeurant parfaitement adaptée aux conditions tempétueuses qui sévissent sur les 1 000 et quelques milles encore à parcourir. Las !

Elles vont désormais devoir se priver de ce qu’il restait de cette voile, et naviguer exclusivement propulsées par leur mât aile (30m2) et leurs voiles d’avant. C’est ainsi sous toilées qu’elles ont cette nuit enchainé de nouveaux empannages pour déborder ce matin l’île de Ponta Delgada et laisser les Açores dans leur sillage, pour prolonger leur route vers la péninsule ibérique. Les conditions sur zone, en bordure sud de la dépression, sont celles annoncées, plus de 35 noeuds de vent allant forcissant et une mer déjà bien formée avec ces vagues de plus de 6 mètres venues du nord ouest, qui ne vont cesser de se creuser ces prochaines 24 heures.

Une journée inamicale s’avance pour l’équipage entamée par 55 jours de mer, mais dont la volonté de rallier Ouessant et de boucler la boucle ne faiblit pas d’un iota. Au petit trot, propulsées par leur seul mât et voile d’avant, Alexia (Barrier), Dee (Caffari), Annemieke (Bes), Rebecca (Gmür Hornell), Deborah (Blair), Molly (LaPointe), Támara (Echegoyen) et Stacey (Jackson) le martèlent ; elles verront Ouessant et achèveront ce tour du monde, lundi soir prochain, voire mardi matin.

Alexia Barrier : 
« Le jour en train de se lever, on n’a pas encore vu la mer et je pense que c’est mieux comme ça pour démarrer. On n’a pas de voile et on avance à plus de 10 nœuds de moyenne avec la surface du mât qui fait 30 mètres carrés. On pense qu’on va pouvoir dérouler le J3 (trinquette) vers 11 heures une fois que le plus gros de la mer sera passé pour la zone qui nous concerne. L’objectif c’est d’être toujours au-dessus de 10 nœuds. Christian (Dumard) nous a fait un routage avec une polaire spéciale, sans grand voile. On vous tient informés sur les différents timings. On reste prudentes évidemment… »

 

Sodebo Ultim 3 doit faire face à la tempête Ingrid avant de boucler la boucle…

Il reste près de 1 500 milles (2 778km) à parcourir jusqu’à la ligne d’arrivée du Trophée Jules Verne entre Ouessant et le cap Lizard. Pourtant, Thomas Coville, Benjamin Schwartz, Frédéric Denis, Pierre Leboucher, Léonard Legrand, Guillaume Pirouelle et Nicolas Troussel savent que ces dernières heures s’annoncent très délicates. Un défi de taille les attend : une forte dépression hivernale nommée Ingrid leur barre la route entre les Açores et le golfe de Gascogne. Face à ces conditions extrêmes que le bateau n’a jamais rencontrées mais pour lequel il a été normalement conçu, ils vont s’attacher à trouver le bon compromis pour continuer à progresser tout en restant en sécurité. Toujours en avance sur la trace d’IDEC Sport, l’équipage de Sodebo Ultim 3 est attendu sur la ligne d’arrivée entre samedi soir et dimanche matin. Pour faire tomber le record qui tient depuis 2017, ils doivent passer la ligne avant 20h31 dimanche soir… 

Dans les alizés qui permettent de poursuivre la remontée de l’Atlantique, l’équipage a bénéficié d’un peu de répit ces dernières heures. « Ça tapait un peu mais on a levé le pied, confie Benjamin Schwartz. On est surtout dans la gestion pour anticiper la suite ». Tous ont en effet les yeux rivés sur ce qui les attend à partir de demain, quand ils se rapprocheront des Açores. « Une très grosse dépression hivernale nous attend et nous accompagnera jusque dans le golfe de Gascogne », explique Thomas Coville. Des vents de plus de 40 nœuds, des rafales à 50 nœuds et une mer déchaînée sont attendus, avec « plus de 10 mètres de houle », précise-t-il.

« Trouver le bon dosage entre vitesse et sécurité »
Alors que les premiers effets de la tempête seront perceptibles dès demain midi, rien n’est laissé au hasard par l’équipage de Sodebo Ultim 3 qui se prépare. Un check complet du trimaran géant a été réalisé. L’équipage travaille également étroitement avec la cellule routage à terre pour veiller à leurs trajectoires. « Notre but, c’est d’arriver à se laisser de la marge pour anticiper les conditions les plus fortes », précise Philippe Legros, responsable de la cellule routage. Concrètement, Sodebo Ultim 3 devrait rester à proximité de la route directe. « Si les routages nous amènent près de la côte espagnole, nous avons choisi de faire une route plus ouest afin de garder une marge de manœuvre ». Une fois passé le plus fort de la tempête, la fin de parcours s’annonce également incertaine, à cause de phénomènes secondaires générés par la dépression.

Cette dépression, « c’est Rendez-vous en terre inconnue » assure Philippe Legros. Pour y faire face, Thomas Coville rappelle qu’il est essentiel de « trouver le bon dosage entre la vitesse et notre sécurité et le record ». Benjamin Schwartz sourit : « le but c’est d’arriver avec le record mais d’arriver surtout ». Dans de telles conditions, il est difficile de connaître avec précision le moment où Sodebo Ultim 3 franchira la ligne d’arrivée. Thomas Coville évoque « une arrivée dans la nuit de samedi à dimanche, peut-être dimanche ». En attendant, la vigilance, la concentration et le sang-froid sont à leur maximum. « Cette tentative de Trophée Jules Verne n’aura pas été de tout repos, conclut Thomas. À nous de gérer du mieux possible ce nouveau défi. »

 

Sodebo Ultim 3 passe l’équateur et entre dans le dernier sprint pour tenter de battre le record du Trophée Jules Verne !

Ils sont de retour dans l’hémisphère nord ! Ce lundi 19 janvier à 04h20 (heure française), Thomas Coville, Benjamin Schwartz, Frédéric Denis, Pierre Leboucher, Léonard Legrand, Guillaume Pirouelle et Nicolas Troussel ont franchi l’équateur. Après 34 jours, 7 heures et 19 min de mer, ils gardent toujours une certaine avance de 20 heures et 49 minutes par rapport à la trace du détenteur IDEC Sport qui l’avait franchi en 35 jours, 04 heures et 09 minutes en 2017. Mais l’Atlantique Nord, le dernier tronçon, s’annonce comme un nouveau défi avec son lot de difficultés, en particulier le contournement par l’Est de l’anticyclone des Açores. Puis, il faudra probablement négocier une mer formée au large de l’Espagne et dans le Golfe de Gascogne sous l’effet d’une violente dépression qui traverse l’Atlantique.

Pour battre le record, l’équipage de Sodebo Ultim 3 doit franchir la ligne avant 20h31 dimanche 25 janvier et parcourir les derniers 3279 milles (6072km) jusqu’à la ligne d’arrivée entre Ouessant et le cap Lizard !

Sonore réaction de Benjamin Schwartz après le passage de l’équateur : cliquer ici
Images du passage de l’équateur : cliquer ici

Enfin la fin de l’Atlantique Sud
Après le cap Horn dimanche 11 janvier, et la fin des mers du Sud, les sept marins se sont employés à la remontée de l’Atlantique Sud tout aussi délicate que les précédents océans. La faute à des conditions météorologiques très complexes. « On a eu du mal à s’extirper de cet Atlantique Sud, reconnaît Thomas Coville ce dimanche. » Le positionnement de l’anticyclone de Sainte-Hélène engendrait en effet des zones sans vent et de nombreuses incertitudes. Sodebo Ultim 3 a donc progressé à la lisière de ces zones instables tout en faisant plus de route que le fantôme d’Idec Sport (environ 6% de plus depuis le départ).

Il a aussi fallu faire face à la casse de l’armure de J0 (point d’attache de la plus grande voile d’avant) au large de l’Uruguay et à plusieurs dégâts collatéraux. « Cela a nécessité quatre à cinq heures de travail avant qu’on puisse renvoyer le J0 », précise Guillaume Pirouelle. Avec un bateau à nouveau à 100 %, ils ont ensuite traversé une « dépression mourante ». Dans la foulée, Sodebo Ultim 3 a « retrouvé du vent d’alizé, certes un peu instable, mais qui nous a permis de progresser vers le Nord », raconte Thomas. « Là, c’étaient des conditions idéales avec des vitesses à 30-35 nœuds, une mer plate et le moral au beau fixe », apprécie Guillaume Pirouelle.

Retour dans l’hémisphère Nord
Même si rien n’a été facile cette semaine, les « Sodeboys » ont su tenir bon. « Ce qui est fort dans cette aventure, c’est que le courage de chacun encourage le courage des autres », apprécie Thomas. Ils l’avaient quitté le samedi 20 décembre à 1h 03 min (heure française), date de leur premier franchissement de l’équateur seulement 4 jours et 4 heures 2 min après leur départ de Ouessant. En passant l’équateur après 34 jours, 7 heures et 19 min en mer, l’équipage compte 20 heures et 49 minutes d’avance sur le détenteur du Trophée Jules Verne, IDEC Sport.  « Nous aurions aimé avoir plus d’avance mais ce n’était pas possible avec les conditions que nous avons eues, décrypte Thomas. Nous sommes encore devant et on va jouer avec nos cartes ! »

L’Atlantique Nord, le dernier run pour le record…
Désormais, il ne reste plus que 3279 milles (6072 km) à parcourir pour rallier la ligne d’arrivée entre Ouessant et le cap Lizard. Pourtant, cette fin de tentative s’annonce épique et difficile. « Ce sera très engagé », certifie Thomas. En cause ? L’anticyclone des Açores, qui est plus à l’ouest que d’habitude. « Après le pot-au-noir, on va rentrer dans des alizés de nord, au près, pour monter jusqu’à l’anticyclone », précise Philippe Legros, responsable de la cellule routage. Ensuite, ils devraient contourner l’anticyclone par l’est. Dans la foulée, il faudra se positionner pour faire face à une forte dépression, avec des conditions extrêmement virulentes. Sodebo Ultim 3 pourrait « être sous l’influence de cette dépression à partir de vendredi prochain », précise le routeur du trimaran. À bord, les sept marins sont prêts à maintenir le niveau d’engagement et déterminés à rallier Ouessant avant dimanche prochain, 20h31, temps limite pour faire tomber le si prestigieux record autour du monde imbattu depuis 2017.

Le point Nemo et plus loin que les pionnières !

Les marins, qui comme chacun sait, aiment à faire des phrases, usent à l’envie de l’expression « tricoter » pour qualifier les délicats changements d’amures nécessaires à déborder ou négocier une rapide évolution de systèmes météos devant leurs bateaux. Les femmes de The Famous Projects CIC viennent, la nuit dernière, d’opérer avec succès le débordement par le nord d’un centre dépressionnaire actif. Sans coup férir, précises dans leur tempo, efficaces dans leurs trajectoires, Alexia (Barrier), Dee (Caffari), Annemieke (Bes), Rebecca (Gmür Hornell), Deborah (Blair), Molly (LaPointe), Támara (Echegoyen) et Stacey (Jackson) sont, à grands coups d’empannages, passées du vent de Sud aux flux de Nord Nord Ouest en avant de ce centre de basse pression qui va désormais les propulser en droite ligne vers les rivages chiliens, et à court terme, le cap Horn. 

Elles laissent ce matin en leur bâbord le point Nemo, ce « pôle maritime d’inaccessibilité », la position géographique, située en plein milieu de l’Océan Pacifique, qui indique le point le plus éloigné de toute terre. Elles ont aussi dépassé le lieu précis aux relents de drame où, il y a 27 ans, le premier équipage 100% féminin, celui de la Britannique Tracy Edwards, voyait ses rêves de tour du monde historique s’effondrer en même temps que le mât de leur catamaran Royal&Sun Alliance. Les filles de The Famous Project CIC sont à présent les seules navigatrices à être parvenues si loin dans un Trophée Jules Verne.
Nulle gloire dans cet état de fait, juste un rappel de ce que Dee et Alexia ne cessent de marteler ; leur présence n’est ici que tolérée, et malgré la dureté des conditions de vie, la fatigue désormais omniprésente, c’est à ce moment de la course que toute leur indomptable énergie est plus que jamais mobilisée à la vigilance et à l’écoute du bateau.
1 900 milles, soit sur leur vitesse actuelle, moins de 4 jours de navigation, les séparent désormais du fameux Horn, synonyme de retour en Atlantique et de sortie du pays de l’ombre. 4 jours de mer forte et désordonnée, de vent fort, de froid et même de neige. Mais 4 jours d’envies, de détermination, de conviction, à marquer à jamais l’histoire de leur sport.

Alexia Barrier : 
« On connait un Pacifique très physique. Le vent est plus soutenu, parfois très irrégulier, avec des rafales violentes, allant jusqu’à 50 nœuds, et surtout une mer croisée qui secoue en permanence. Les vagues sont hautes, 5 mètres, puissantes, pas toujours bien rangées, et le bateau vit beaucoup. Ça demande une vigilance constante, réduire, ré-accélérer, anticiper.
On est dans l’engagement. Bien que cela reste majestueux, mystique, hypnotique.
La stratégie est assez simple à dire, beaucoup plus complexe à tenir : il nous faut rester dans le bon tempo.
Ne pas se faire enfermer par les hautes pressions, attraper les bons systèmes sans aller trop au sud, et surtout préserver le bateau et l’équipage.
On a encore quelques heures très difficiles, puis ça va se calmer jusqu’à l’approche du Horn. Et là, on verra. Il est trop tôt pour savoir comment ça va se passer. 
Le Horn ne se gagne pas à l’attaque frontale, mais à la régularité. On joue le long jeu.
Le mouvement du bateau est ce qu’il y a de plus pénible à vivre. Pour le froid, on s’équipe. Pour l’humidité, on compose.
Mais le mouvement permanent, les accélérations, les chocs, ça ne s’arrête jamais. Le corps est toujours en adaptation, même au repos. C’est usant mentalement autant que physiquement.
Mon souhait pour 2026 est qu’on continue à oser. Oser les projets ambitieux, les équipes engagées, les aventures collectives.
Et qu’on prenne le temps de faire les choses bien, en restant alignées avec ce qu’on est, en mer comme à terre. »

 

Un Horn pour l’Histoire

Il était 15h14 ce mardi 6 janvier 2026 lorsque le Maxi Trimaran IDEC SPORT de The Famous Project CIC, mené par son très international équipage composé de Alexia (Barrier), Dee (Caffari), Annemieke (Bes), Rebecca (Gmür Hornell), Deborah (Blair), Molly (LaPointe), Támara (Echegoyen) et Stacey (Jackson), a franchi le cap Horn. Un moment d’histoire à figer dans la longue et belle histoire des courses océaniques puisque jamais jusqu’alors, un équipage entièrement féminin n’avait paré, en course, sans escale et en multicoque, ce fameux rocher chilien. En leur 38ème jour de navigation et près de 16 000 milles parcourus (25 700 km), les navigatrices peuvent entamer le dernier morceau de bravoure de leur périple, la remontée de l’immense Atlantique. Plus que jamais, le colossal challenge rêvé par Alexia Barrier et ses navigatrices de boucler un tour du monde sans escale et en maxi multicoque prend, avec chaque mille avalé en direction d’Ouessant et Brest, corps et consistance.

Un Pacifique relativement clément
Entrées dans le Pacifique, à la longitude de la Tasmanie le 26 décembre dernier, les navigatrices de The Famous Project CIC auront mis un peu moins de 11 jours pour rallier le cap Horn distant alors de 3 800 milles. Une traversée rapide, marquée par 48 heures de très gros temps, avec une mer infernale et des vagues de plus de 8 mètres, et ce vent soufflant en rafales à plus de 50 noeuds. L’équipage, désormais parfaitement rôdé aux manœuvres et à la conduite du maxi trimaran y a fait preuve de solidité, de cohésion et de sang-froid, toujours confronté à ce hook de grand-voile récalcitrant qui l’a parfois contraint à mettre en fuite pour effectuer une prise ou un renvoi de ris. Une trans Pacifique placée sous le signe de la constance, le maxi trimaran alignant avec une belle régularité des journées à plus de 550 milles, sur une route certes très nord, mais efficace et rationnelle, en bordure des virulentes dépressions du grand sud. Soumises à la fatigue, au froid, à la neige, mais toujours aussi appliquées aux réglages, à l’anticipation et au pilotage affiné du Maxi Trimaran, les 8 navigatrices de The Famous Project CIC y auront affirmé cette solidarité et cette bienveillance permanente, signatures d’un tour du monde qui plus que jamais leur tend désormais les bras.

Des marqueurs internationaux
Si l’arrivée à Ouessant est encore loin et le parcours semé d’embûches, le Horn reste cependant un important marqueur dans ces navigations de l’extrême, toujours aussi difficile à franchir, au point que rares sont les navigatrices, en solitaire ou en équipage à l’avoir paré dans le cadre d’une circumnavigation sans escale. On le répète, l’équipage de The Famous Project CIC est le premier constitué à 100% de navigatrices à le doubler sans escale depuis Ouessant. D’autres femmes, 19 au total, en solitaire sur le Vendée Globe (13 femmes), la Barcelona World Race (2), Golden Globe race (1), Global Solo Challenge (1), ou en multicoque comme Ellen MacArthur en solo ou Dona Bertarelli au sein d’un équipage mixte, ont aussi réalisé ce véritable exploit. A bord de The Famous Project-CIC, elles sont nombreuses à tirer une gloire très personnelle de ce passage. La Néerlandaise Annemieke Bes pourra dorénavant se targuer d’être la première navigatrice du plat pays à franchir ainsi dans les conditions décrites plus haut ce fameux cap, qui doit par ailleurs son nom au grand explorateur Néerlandais Jacob Le Maire et sa ville natale de Hoorn. Une première que l’Italo-Américaine Molly LaPointe pourra elle aussi revendiquer pour l’Italie. Quant à la Britannique Deborah « Debs » Blair, du haut de ses 25 ans, elle serait la troisième plus jeune femme après Ellen MacArthur et Violette Dorange à naviguer ainsi en ces eaux antarctiques.

Un tiers du parcours encore à couvrir…
Pas plus que Bonne Espérance, Leeuwin ou la Tasmanie, ce cap Horn ne constitue une étape. Plus de 7 000 milles restent encore à parcourir, soit un tiers de l’épreuve. Chacune à bord en a pleinement conscience et tous les esprits, une fois passée la légitime célébration du passage sous le fameux rocher, se tourneront vers le passage à l’île des Etats, les Malouines et les retrouvailles avec cet arbitre des navigations en Atlantique Sud, l’anticyclone de Sainte Hélène.

Alexia Barrier : « Une émotion collective »
« L’émotion au passage du Horn n’est pas la même que celle connue en 2021 lors du Vendée Globe. Elle est tout aussi forte, mais elle est différente. Lors du Vendée Globe, le cap Horn était un moment très intime, presque solitaire, chargé de fatigue, de tension et de responsabilité individuelle. J’ai eu une très mauvaise météo et j’avais très peur. J’ai beaucoup pleuré. Aujourd’hui, l’émotion est profondément collective. Elle se partage. Elle circule dans les regards, dans les silences, dans les gestes. C’est un cap vécu ensemble, avec un équipage soudé, sur un bateau d’une puissance exceptionnelle. La solitude a laissé la place à la conscience de ce que nous vivons. »

« Un cercle très fermé ! »
« Franchir le cap Horn, c’est entrer dans un cercle très fermé. Peu d’équipages, encore moins d’équipages féminins, et absolument aucun équipage féminin à bord d’un multicoque géant lancé à haute vitesse autour du monde y sont parvenus. Ce passage est profondément engagé. Il demande une préparation extrême, une vigilance de chaque instant, et une confiance totale entre le bateau, l’équipage et les éléments. Quand on passe le Horn, on sait que le plus dur est derrière nous. Les mers du Sud, leur isolement, leur froideur, leur intensité permanente, forgent les marins et les collectifs. Cela ne veut pas dire que la suite est facile. »

La validation d’un projet solide
« Le Nord Atlantique en hiver peut être tout aussi coriace, imprévisible et exigeant. Mais ce cap marque une bascule. Une étape où l’on sent que l’équipage a tenu, que le projet est solide, et que l’aventure est entrée dans une nouvelle phase. C’est à la fois une libération et une transition. On sent que quelque chose s’ouvre, que l’horizon change. Pour The Famous Project CIC, ce passage est à la fois un symbole et une validation.
Celle d’un engagement total, d’un collectif international soudé, et d’un projet unique qui s’écrit au féminin, à très haut niveau, dans l’un des environnements les plus extrêmes de la planète. »

Un Pacifique clément
« Le Pacifique a été relativement clément, mais ce serait réducteur de s’arrêter à ce mot. Il a surtout aussi été exigeant. De longues phases rapides, de la pression, du froid, de l’humidité, et une vigilance permanente. Plus de 48 heures avec des vents établis autour de 40 nœuds et une mer formée, avec des vagues de près de 5 mètres.
Ces conditions ont été très éprouvantes physiquement et mentalement. Ce sont des moments où l’on ne triche pas : le collectif, la préparation et la confiance entre les navigatrices font toute la différence. Avoir traversé ces phases difficiles avant d’aborder le cap Horn renforce la conviction que l’équipage est prêt pour la suite du parcours. »

« L’équipage a mûri » :
L’équipage est plus calme, plus posé, plus confiant. Les automatismes sont là. Les décisions sont plus fluides. Chacune connaît sa place, ses forces, ses limites, et celles des autres. Il y a moins de mots, mais plus de compréhension. C’est le signe d’un collectif qui a mûri en mer. L’équipage est plus solide, plus aligné, plus expérimenté. Nous avons grandi ensemble, dans l’effort, dans la durée, dans la performance. C’est un équipage qui sait durer, s’adapter et avancer ensemble et qui a appris à naviguer plus vite. »

Gmür Hornell : « J’étais vraiment impatiente de passer le cap Horn. C’est un peu l’Everest de la voile, une expérience que peu de gens ont la chance de vivre, et je suis heureuse de pouvoir le rayer de ma liste.
Je pense avoir mûri en tant que navigatrice hauturière. J’ai appris à mieux gérer mes émotions et mon physique dans des conditions difficiles.
Rester en mer aussi longtemps est en soi un défi de taille et une expérience que peu de gens vivent, sans parler des conditions auxquelles nous sommes confrontées au quotidien.
Je suis vraiment heureuse de cocher l’océan Austral et de repartir vers le nord. Nous considérons chaque cap comme un nouveau départ, et le cap Horn ne fait pas exception. Maintenant que nous l’avons franchi, nous entrons dans un nouvel océan et affrontons un nouveau défi, et nous nous rapprochons un peu plus de notre objectif final, qui est d’arriver au bout ! »

Dee Caffari : « Chaque passage est unique et une bénédiction. Je sais que lorsque nous partons, tous les marins ne parviennent pas à le franchir, donc quand on y arrive, c’est spécial. J’ai la chance que chaque passage ait été très différent pour moi. En solo, en équipe, à la tête d’une équipe, dans le bon sens et dans le sens inverse. Cette fois-ci, c’est avec une équipe de marins remarquables sur un bateau très spécial, et cela a pris très peu de temps.
Le Sud a été très différent de mes expériences précédentes. Il n’a pas été aussi hostile, mais cela dit, l’état de la mer n’a pas toujours été facile. Sur un maxi trimaran, l’état de la mer est primordial. Cette machine ne demande qu’à aller vite, il a donc été crucial de la gérer dans des conditions maritimes difficiles. L’autre différence majeure est que ce bateau a un franc-bord élevé, ce qui donne l’impression d’être loin de la mer et donc d’être moins humide et d’avoir moins froid que dans mes souvenirs.
Je suis très heureuse pour les débutantes du bord, elles sont ravies d’avoir franchi cette étape importante et elles ont raison de l’être, c’est un exploit considérable. La difficulté, c’est qu’il reste encore 7 000 milles à parcourir jusqu’à la ligne d’arrivée et que l’Atlantique peut être cruel. Il est important de rester concentrées et diligentes pour les derniers milles, même si nous les parcourons avec plus de confiance et de vitesse.
Je pense qu’Alexia et moi travaillons bien ensemble et que nous avons une bonne maîtrise du bateau. Nous sommes également plus confiantes dans sa configuration et son contrôle. Comme c’est souvent le cas, maintenant que nous avons parcouru tous ces milles, nous sommes mieux préparées pour courir à fond ! »

Le saviez-vous ?
3,95 milliards de femmes sur la planète
870 femmes ont atteint le sommet de l’Everest
75 femmes ont volé dans l’espace
Et seulement 25 femmes ont passé le CAP HORN en course.