The Famous Project CIC : huit pionnières et un condensé d’émotions

C’est une journée à part, de celles qui ont le goût de l’histoire et des souvenirs marqués à jamais. Ce lundi, huit femmes, huit sourires et huit visages façonnés par le large ont offert la démonstration éclatante que les rêves peuvent devenir réalité. La Française Alexia Barrier, les Britanniques Dee Caffari et Deborah Blair, la Néerlandaise Annemieke Bes, la Suissesse et Néozélandaise Rebecca Gmuer, l’Espagnole Tamara « Xiquita » Echegoyen, l’Américaine Molly Lapointe et l’Australienne Stacey Jackson ont constitué le premier équipage 100 % féminin à boucler un tour du monde à bord d’un multicoque et sans escale. Jusqu’au bout, elles ont dû résister à une météo capricieuse. Sans grand-voile (déchirée par une tempête mercredi dernier) mais avec un grand cœur, elles ont bouclé la boucle après 57 jours, 21 heures et 20 minutes de mer.

BREST, FRANCE – JANUARY 26 : Arrival of Alexia Barrier and his crew of The Famous Project CIC Dee Caffari, Annemieke Bes, Deborah Blair, Molly LaPointe, Támara Echegoyen, Stacey Jackson and Rebecca Gmür Hornell – aboard the Maxi Trimaran IDEC Sport off Ouessant, after the Jules Verne Trophy, a non-stop crewed round-the-world race, in Brest on January 26, 2026. Photo © Lloyd / Jmliot Images / CIC

Le franchissement de ligne à 12 heures a eu valeur de délivrance. C’était enfin le temps de la légèreté, des embrassades et d’une bière bien fraîche et bien méritée. À l’arrivée à Brest, elles ont allumé des fumigènes et goûté à l’accueil chaleureux des Brestois. Si la pluie a redoublé d’intensité, elle n’a eu raison ni de leur enthousiasme, ni de leur bonheur communicatif. Thomas Coville et Benjamin Schwartz, détenteurs du Trophée Jules Verne depuis la veille, leur ont remis des fleurs aux pontons, symbole du respect qui unit les femmes et les hommes de mer. Des centaines de spectateurs se sont ensuite massés autour de la scène pour les applaudir et les féliciter. Une communion avec le public, à Brest comme partout dans le monde à travers les réseaux sociaux, qui a montré la forte adhésion populaire qui les a accompagnés pendant 57 jours. Au fil de cette aventure hors norme, ces drôles de dames du large ont créé un précédent et une première marque de référence. Désormais, les huit navigatrices cultivent le doux espoir de susciter des vocations chez les petites filles et les convaincre d’écrire à leur tour leur propre histoire. Alexia et ses “girls”, elles, resteront à jamais les premières, à toujours des pionnières.

PAROLES DE NAVIGATRICES

Alexia Barrier (Française, 46 ans) : 
« C’est une grande fierté et une grande délivrance. Ces derniers jours ont été très compliqués avec la météo, les avaries alors le fait d’arriver, c’est vraiment incroyable, je suis tellement fière de nous et des progrès. Ce qu’il y a de plus beau, c’est de voir la force du collectif et la manière dont nous avons pris soin de nous. Entre Deborah Blair, la plus jeune (23 ans) qui n’avait jamais franchi l’équateur et Dee Caffari (53 ans), la « daronne » et ses 7 tours du monde, nous avons su former une belle équipe et nous avons appris. On s’est lancé dans un défi de géant. Personne ne pouvait imaginer ce qui allait se passer. Nous y sommes allés avec insouciance, détermination et surtout avec la rage au ventre. Partir faire le tour du monde en multicoque, c’était culotté mais je suis heureuse de savoir qu’on fait désormais partie des géants. »

BREST, FRANCE – JANUARY 26 : Arrival of Alexia Barrier and his crew of The Famous Project CIC Dee Caffari, Annemieke Bes, Deborah Blair, Molly LaPointe, Támara Echegoyen, Stacey Jackson and Rebecca Gmür Hornell – aboard the Maxi Trimaran IDEC Sport off Ouessant, after the Jules Verne Trophy, a non-stop crewed round-the-world race, in Brest on January 26, 2026. Photo © Lloyd Images / Jmliot Images / CIC

Dee Caffari (Britannique, 57 ans) :
« Après 57 jours en mer, nous avons la chance d’être de retour ici, à Brest, avec tout le public présent et tous ceux qui nous ont soutenus. Bien entendu, nous étions huit à bord mais cette performance, c’est aussi celle de tous ceux qui nous ont accompagnés pendant cette incroyable aventure. Merci aussi à ceux qui nous ont encouragés autour du monde. Le fait que Thomas Coville et Benjamin Schwartz nous offrent un bouquet de fleurs sur le ponton, c’est très symbolique. Ils ont réalisé une prouesse exceptionnelle mais on n’a pas dit notre dernier mot (rires) ! Quoi qu’il en soit, ce qu’on vient de réaliser pose les fondations pour construire l’avenir. »  

Molly Lapointe (Américano-Italienne, 28 ans) :
« C’est un bonheur de voir la terre et de respirer à nouveau ! Bien sûr que ça a été long et ça n’a pas tous les jours été facile donc forcément, ça fait du bien d’être rentrée ! Les derniers jours, les conditions à bord ont été vraiment dures et le pire, c’est que ça a continué après avoir franchi la ligne d’arrivée ! Mais maintenant, c’est derrière nous. On va pouvoir prendre une douche et dormir dans un lit donc tout va bien ! »

Rebecca Gmuer (Suisse – Néozélandaise, 25 ans) :
« Je suis vraiment très fière de nous, de ce qu’on a fait et de savoir qu’on a réussi à revenir à Brest. Il y a eu des moments durs, nous avons été confrontées à des choses qui ne sont pas faciles à gérer. Pourtant, on a toujours réussi à être soudées dans les bons et les mauvais moments et à avancer ensemble, coûte que coûte. Maintenant on va pouvoir profiter ! »

Stacey Jackson (Australienne, 41 ans) :
« C’était un sacré challenge, on a eu tout ce qu’on peut affronter dans ce genre de défi. Ce qui est le plus difficile, c’est de réussir à ramener le bateau sans rien casser. Je suis très heureuse de cette aventure. En 57 jours, tu as forcément des jours difficiles mais ce qui compte, c’est de se rappeler pourquoi on est là, pourquoi on se bat. Et à la fin, c’est juste incroyable de le célébrer. J’ai la chance que mon copain soit venu de Sydney. Il a traversé le monde pour me retrouver ! »

Annemieke Bes (Néerlandaise, 47 ans) :
« Je crois que le moment dont je suis le plus fière, c’est celui que l’on vit aujourd’hui. Être là avec toute l’équipe et être aussi heureuse, c’est génial. Nous avons vécu des moments durs, des hauts et des bas, on a parfois douté, parfois pensé qu’on n’arriverait jamais au bout. Mais avec de la détermination, on a réussi, on a fini et j’en suis très heureuse. »

Deborah Blair (Britannique, 23 ans) :
« Comme nous toutes, je suis super contente de retrouver mes proches. Mon copain et mes parents sont venus ici, ils étaient déjà là au départ. Nous avons vécu de supers moments à bord, des instants de joie intense. Je pense au “Secret Santa” qu’on a fait à Noël et de notre petite et courte fête pour célébrer le nouvel an… C’était sympa mais j’ai quand même prévu de fêter à nouveau Noël avec mes proches dès que je rentrerai en Angleterre ! »

Tamara Echegoyen (Espagnole, 41 ans) :
« Je ressens beaucoup de bonheur de terminer ce tour du monde et cette sacrée aventure au sein de cette belle équipe. Il me tient à cœur de remercier profondément Alexia (Barrier). C’est elle qui a eu l’idée de ce projet, qui nous a rassemblées, qui y a cru, qui nous a permis d’aller au bout. Elle a transformé ce rêve en réalité et je lui en serais toujours reconnaissante ! »

PAROLES DE PARTENAIRES

Daniel Baal, président du CIC :
« Elles l’ont fait ! Pour la première fois, un équipage 100% féminin vient d’établir un temps de référence autour du monde et sans escale sur un maxi trimaran. Je tiens au nom du CIC à féliciter Alexia Barrier et ses sept coéquipières de The Famous Project CIC, ainsi que toute l’équipe qui les a accompagnées. Le défi était réel, il a été relevé dans l’adversité et contre les éléments. Ce tour du monde révèle la force d’un collectif au service de la performance, mais surtout il restera dans l’histoire. La performance des 8 femmes de The Famous Project CIC devient aujourd’hui le marqueur d’une évolution nécessaire de la société, dans le monde sportif autant que dans le monde de l’entreprise. »

Patrice Lafargue, président du GROUPE IDEC et d’IDEC SPORT :
« Jour après jour, à bord du maxi-trimaran, Alexia Barrier et son équipage ont démontré que toute réussite repose avant tout sur la force du collectif et l’engagement total. Envers et contre tout, elles ont avancé avec conviction et détermination, sans jamais dévier de leur cap. La performance ne se résume pas à une question de vitesse, mais à la capacité de tenir une trajectoire malgré les changements et les épreuves. Dompter un tel bateau n’est pas chose aisée. Les miles accumulés et les difficultés rencontrées ont forgé une expérience précieuse. Là où beaucoup auraient renoncé en cours de route, les huit navigatrices ont fait le choix de poursuivre, coûte que coûte. On ne peut que les féliciter. IDEC SPORT est fier d’avoir soutenu le projet The Famous Project CIC d’Alexia Barrier dans ce défi d’une exigence exceptionnelle. »

Eric Pasquier, Directeur général adjoint de Sopra Steria :
« L’exploit de ces huit navigatrices force le respect : tenir, jour après jour, seules face aux éléments, dans des conditions qu’on peine à imaginer depuis la terre ferme. Malgré les avaries accumulées, les décisions à prendre en quelques secondes qui engageaient tout, elles ont fait preuve d’une résilience exceptionnelle et sont allées jusqu’au bout. Chez Sopra Steria, nous sommes très fiers d’avoir été à leurs côtés tout au long de cette aventure, avec nos technologies et l’élan de nos 50 000 collaborateurs. »

 Amanda Mille, Directrice de la marque et des partenariats de Richard Mille :
« Cette tentative du Trophée Jules Verne a été une véritable performance, autant sportive qu’humaine. Malgré les avaries et les conditions exigeantes, l’équipage est allé au bout avec une résilience remarquable, démontrant que terminer dans ces conditions relève d’un véritable exploit. Nous sommes fiers de la prouesse réalisée par les filles qui ont su rester engagées jusqu’au bout. » 

 

Arrivée de The Famous Project CIC sur la ligne demain lundi entre 13 et 16 heures

Le grand voyage autour du monde des navigatrices de The Famous Project CIC trouvera demain lundi à la mi-journée, entre 13 et 16 heures, sa conclusion, quand le Maxi Trimaran IDEC SPORT viendra franchir la ligne d’arrivée à Ouessant.

Il faudra compter encore environ 4 heures avant de voir Alexia (Barrier), Dee (Caffari), Annemieke (Bes), Rebecca (Gmür Hornell), Deborah (Blair), Molly (LaPointe), Támara (Echegoyen) et Stacey (Jackson) entrer en rade de Brest et venir amarrer leur géant quai Malbert.

Mais avant cette conclusion tant attendue, c’est un golfe de Gascogne des mauvais jours qu’elles doivent affronter sur un voilier bien diminué, depuis la perte de sa grand voile. Les navigatrices de The Famous Project CIC ont, avec bonheur ces dernières 24 heures, su progresser efficacement vers la France et la Bretagne, parvenant à maintenir près de 16 noeuds de vitesse moyenne en alternant en fonction de la force et de la direction du vent, trinquette (J3) et foc (J2). C’est sous mât seul, avec peut-être encore le J3 qu’elles vont devoir négocier les 45 noeuds de nord nord ouest attendus à proximité du plateau de Rochebonne, aussi connu pour l’infernal état de ses eaux provoqué par la remontée des hauts fonds du plateau continental. On le voit, rien ne sera épargné au vaillant équipage en passe de toucher son Graal, devenir le premier équipage féminin à boucler une circumnavigation en multicoque.

Alexia Barrier concernant le record de l’équipage de Sodebo : « Nous souhaitons à Thomas Coville et tout l’équipage de Sodebo nos chaleureuses félicitations. Nous vous avons suivi de A à Z. C’est extraordinaire, historique. Bravo pour votre record ! » 

The Famous Project CIC définitivement privé de grand voile

Il était 21 heures hier soir quand, durant la manœuvre d’empannage déclenchée pour contourner l’île de Terceira aux Açores, la tête de la grand voile du Maxi Trimaran IDEC SPORT s’est déchirée. On rappelle que cette même voile majeure s’était déjà déchirée en son milieu durant une manœuvre similaire hier matin, contraignant Alexia et ses navigatrices à affaler la toile jusqu’au niveau du deuxième ris. Elles comptaient rallier Ouessant et la ligne d’arrivée sous cette configuration au demeurant parfaitement adaptée aux conditions tempétueuses qui sévissent sur les 1 000 et quelques milles encore à parcourir. Las !

Elles vont désormais devoir se priver de ce qu’il restait de cette voile, et naviguer exclusivement propulsées par leur mât aile (30m2) et leurs voiles d’avant. C’est ainsi sous toilées qu’elles ont cette nuit enchainé de nouveaux empannages pour déborder ce matin l’île de Ponta Delgada et laisser les Açores dans leur sillage, pour prolonger leur route vers la péninsule ibérique. Les conditions sur zone, en bordure sud de la dépression, sont celles annoncées, plus de 35 noeuds de vent allant forcissant et une mer déjà bien formée avec ces vagues de plus de 6 mètres venues du nord ouest, qui ne vont cesser de se creuser ces prochaines 24 heures.

Une journée inamicale s’avance pour l’équipage entamée par 55 jours de mer, mais dont la volonté de rallier Ouessant et de boucler la boucle ne faiblit pas d’un iota. Au petit trot, propulsées par leur seul mât et voile d’avant, Alexia (Barrier), Dee (Caffari), Annemieke (Bes), Rebecca (Gmür Hornell), Deborah (Blair), Molly (LaPointe), Támara (Echegoyen) et Stacey (Jackson) le martèlent ; elles verront Ouessant et achèveront ce tour du monde, lundi soir prochain, voire mardi matin.

Alexia Barrier : 
« Le jour en train de se lever, on n’a pas encore vu la mer et je pense que c’est mieux comme ça pour démarrer. On n’a pas de voile et on avance à plus de 10 nœuds de moyenne avec la surface du mât qui fait 30 mètres carrés. On pense qu’on va pouvoir dérouler le J3 (trinquette) vers 11 heures une fois que le plus gros de la mer sera passé pour la zone qui nous concerne. L’objectif c’est d’être toujours au-dessus de 10 nœuds. Christian (Dumard) nous a fait un routage avec une polaire spéciale, sans grand voile. On vous tient informés sur les différents timings. On reste prudentes évidemment… »

 

Le point Nemo et plus loin que les pionnières !

Les marins, qui comme chacun sait, aiment à faire des phrases, usent à l’envie de l’expression « tricoter » pour qualifier les délicats changements d’amures nécessaires à déborder ou négocier une rapide évolution de systèmes météos devant leurs bateaux. Les femmes de The Famous Projects CIC viennent, la nuit dernière, d’opérer avec succès le débordement par le nord d’un centre dépressionnaire actif. Sans coup férir, précises dans leur tempo, efficaces dans leurs trajectoires, Alexia (Barrier), Dee (Caffari), Annemieke (Bes), Rebecca (Gmür Hornell), Deborah (Blair), Molly (LaPointe), Támara (Echegoyen) et Stacey (Jackson) sont, à grands coups d’empannages, passées du vent de Sud aux flux de Nord Nord Ouest en avant de ce centre de basse pression qui va désormais les propulser en droite ligne vers les rivages chiliens, et à court terme, le cap Horn. 

Elles laissent ce matin en leur bâbord le point Nemo, ce « pôle maritime d’inaccessibilité », la position géographique, située en plein milieu de l’Océan Pacifique, qui indique le point le plus éloigné de toute terre. Elles ont aussi dépassé le lieu précis aux relents de drame où, il y a 27 ans, le premier équipage 100% féminin, celui de la Britannique Tracy Edwards, voyait ses rêves de tour du monde historique s’effondrer en même temps que le mât de leur catamaran Royal&Sun Alliance. Les filles de The Famous Project CIC sont à présent les seules navigatrices à être parvenues si loin dans un Trophée Jules Verne.
Nulle gloire dans cet état de fait, juste un rappel de ce que Dee et Alexia ne cessent de marteler ; leur présence n’est ici que tolérée, et malgré la dureté des conditions de vie, la fatigue désormais omniprésente, c’est à ce moment de la course que toute leur indomptable énergie est plus que jamais mobilisée à la vigilance et à l’écoute du bateau.
1 900 milles, soit sur leur vitesse actuelle, moins de 4 jours de navigation, les séparent désormais du fameux Horn, synonyme de retour en Atlantique et de sortie du pays de l’ombre. 4 jours de mer forte et désordonnée, de vent fort, de froid et même de neige. Mais 4 jours d’envies, de détermination, de conviction, à marquer à jamais l’histoire de leur sport.

Alexia Barrier : 
« On connait un Pacifique très physique. Le vent est plus soutenu, parfois très irrégulier, avec des rafales violentes, allant jusqu’à 50 nœuds, et surtout une mer croisée qui secoue en permanence. Les vagues sont hautes, 5 mètres, puissantes, pas toujours bien rangées, et le bateau vit beaucoup. Ça demande une vigilance constante, réduire, ré-accélérer, anticiper.
On est dans l’engagement. Bien que cela reste majestueux, mystique, hypnotique.
La stratégie est assez simple à dire, beaucoup plus complexe à tenir : il nous faut rester dans le bon tempo.
Ne pas se faire enfermer par les hautes pressions, attraper les bons systèmes sans aller trop au sud, et surtout préserver le bateau et l’équipage.
On a encore quelques heures très difficiles, puis ça va se calmer jusqu’à l’approche du Horn. Et là, on verra. Il est trop tôt pour savoir comment ça va se passer. 
Le Horn ne se gagne pas à l’attaque frontale, mais à la régularité. On joue le long jeu.
Le mouvement du bateau est ce qu’il y a de plus pénible à vivre. Pour le froid, on s’équipe. Pour l’humidité, on compose.
Mais le mouvement permanent, les accélérations, les chocs, ça ne s’arrête jamais. Le corps est toujours en adaptation, même au repos. C’est usant mentalement autant que physiquement.
Mon souhait pour 2026 est qu’on continue à oser. Oser les projets ambitieux, les équipes engagées, les aventures collectives.
Et qu’on prenne le temps de faire les choses bien, en restant alignées avec ce qu’on est, en mer comme à terre. »

 

Un Horn pour l’Histoire

Il était 15h14 ce mardi 6 janvier 2026 lorsque le Maxi Trimaran IDEC SPORT de The Famous Project CIC, mené par son très international équipage composé de Alexia (Barrier), Dee (Caffari), Annemieke (Bes), Rebecca (Gmür Hornell), Deborah (Blair), Molly (LaPointe), Támara (Echegoyen) et Stacey (Jackson), a franchi le cap Horn. Un moment d’histoire à figer dans la longue et belle histoire des courses océaniques puisque jamais jusqu’alors, un équipage entièrement féminin n’avait paré, en course, sans escale et en multicoque, ce fameux rocher chilien. En leur 38ème jour de navigation et près de 16 000 milles parcourus (25 700 km), les navigatrices peuvent entamer le dernier morceau de bravoure de leur périple, la remontée de l’immense Atlantique. Plus que jamais, le colossal challenge rêvé par Alexia Barrier et ses navigatrices de boucler un tour du monde sans escale et en maxi multicoque prend, avec chaque mille avalé en direction d’Ouessant et Brest, corps et consistance.

Un Pacifique relativement clément
Entrées dans le Pacifique, à la longitude de la Tasmanie le 26 décembre dernier, les navigatrices de The Famous Project CIC auront mis un peu moins de 11 jours pour rallier le cap Horn distant alors de 3 800 milles. Une traversée rapide, marquée par 48 heures de très gros temps, avec une mer infernale et des vagues de plus de 8 mètres, et ce vent soufflant en rafales à plus de 50 noeuds. L’équipage, désormais parfaitement rôdé aux manœuvres et à la conduite du maxi trimaran y a fait preuve de solidité, de cohésion et de sang-froid, toujours confronté à ce hook de grand-voile récalcitrant qui l’a parfois contraint à mettre en fuite pour effectuer une prise ou un renvoi de ris. Une trans Pacifique placée sous le signe de la constance, le maxi trimaran alignant avec une belle régularité des journées à plus de 550 milles, sur une route certes très nord, mais efficace et rationnelle, en bordure des virulentes dépressions du grand sud. Soumises à la fatigue, au froid, à la neige, mais toujours aussi appliquées aux réglages, à l’anticipation et au pilotage affiné du Maxi Trimaran, les 8 navigatrices de The Famous Project CIC y auront affirmé cette solidarité et cette bienveillance permanente, signatures d’un tour du monde qui plus que jamais leur tend désormais les bras.

Des marqueurs internationaux
Si l’arrivée à Ouessant est encore loin et le parcours semé d’embûches, le Horn reste cependant un important marqueur dans ces navigations de l’extrême, toujours aussi difficile à franchir, au point que rares sont les navigatrices, en solitaire ou en équipage à l’avoir paré dans le cadre d’une circumnavigation sans escale. On le répète, l’équipage de The Famous Project CIC est le premier constitué à 100% de navigatrices à le doubler sans escale depuis Ouessant. D’autres femmes, 19 au total, en solitaire sur le Vendée Globe (13 femmes), la Barcelona World Race (2), Golden Globe race (1), Global Solo Challenge (1), ou en multicoque comme Ellen MacArthur en solo ou Dona Bertarelli au sein d’un équipage mixte, ont aussi réalisé ce véritable exploit. A bord de The Famous Project-CIC, elles sont nombreuses à tirer une gloire très personnelle de ce passage. La Néerlandaise Annemieke Bes pourra dorénavant se targuer d’être la première navigatrice du plat pays à franchir ainsi dans les conditions décrites plus haut ce fameux cap, qui doit par ailleurs son nom au grand explorateur Néerlandais Jacob Le Maire et sa ville natale de Hoorn. Une première que l’Italo-Américaine Molly LaPointe pourra elle aussi revendiquer pour l’Italie. Quant à la Britannique Deborah « Debs » Blair, du haut de ses 25 ans, elle serait la troisième plus jeune femme après Ellen MacArthur et Violette Dorange à naviguer ainsi en ces eaux antarctiques.

Un tiers du parcours encore à couvrir…
Pas plus que Bonne Espérance, Leeuwin ou la Tasmanie, ce cap Horn ne constitue une étape. Plus de 7 000 milles restent encore à parcourir, soit un tiers de l’épreuve. Chacune à bord en a pleinement conscience et tous les esprits, une fois passée la légitime célébration du passage sous le fameux rocher, se tourneront vers le passage à l’île des Etats, les Malouines et les retrouvailles avec cet arbitre des navigations en Atlantique Sud, l’anticyclone de Sainte Hélène.

Alexia Barrier : « Une émotion collective »
« L’émotion au passage du Horn n’est pas la même que celle connue en 2021 lors du Vendée Globe. Elle est tout aussi forte, mais elle est différente. Lors du Vendée Globe, le cap Horn était un moment très intime, presque solitaire, chargé de fatigue, de tension et de responsabilité individuelle. J’ai eu une très mauvaise météo et j’avais très peur. J’ai beaucoup pleuré. Aujourd’hui, l’émotion est profondément collective. Elle se partage. Elle circule dans les regards, dans les silences, dans les gestes. C’est un cap vécu ensemble, avec un équipage soudé, sur un bateau d’une puissance exceptionnelle. La solitude a laissé la place à la conscience de ce que nous vivons. »

« Un cercle très fermé ! »
« Franchir le cap Horn, c’est entrer dans un cercle très fermé. Peu d’équipages, encore moins d’équipages féminins, et absolument aucun équipage féminin à bord d’un multicoque géant lancé à haute vitesse autour du monde y sont parvenus. Ce passage est profondément engagé. Il demande une préparation extrême, une vigilance de chaque instant, et une confiance totale entre le bateau, l’équipage et les éléments. Quand on passe le Horn, on sait que le plus dur est derrière nous. Les mers du Sud, leur isolement, leur froideur, leur intensité permanente, forgent les marins et les collectifs. Cela ne veut pas dire que la suite est facile. »

La validation d’un projet solide
« Le Nord Atlantique en hiver peut être tout aussi coriace, imprévisible et exigeant. Mais ce cap marque une bascule. Une étape où l’on sent que l’équipage a tenu, que le projet est solide, et que l’aventure est entrée dans une nouvelle phase. C’est à la fois une libération et une transition. On sent que quelque chose s’ouvre, que l’horizon change. Pour The Famous Project CIC, ce passage est à la fois un symbole et une validation.
Celle d’un engagement total, d’un collectif international soudé, et d’un projet unique qui s’écrit au féminin, à très haut niveau, dans l’un des environnements les plus extrêmes de la planète. »

Un Pacifique clément
« Le Pacifique a été relativement clément, mais ce serait réducteur de s’arrêter à ce mot. Il a surtout aussi été exigeant. De longues phases rapides, de la pression, du froid, de l’humidité, et une vigilance permanente. Plus de 48 heures avec des vents établis autour de 40 nœuds et une mer formée, avec des vagues de près de 5 mètres.
Ces conditions ont été très éprouvantes physiquement et mentalement. Ce sont des moments où l’on ne triche pas : le collectif, la préparation et la confiance entre les navigatrices font toute la différence. Avoir traversé ces phases difficiles avant d’aborder le cap Horn renforce la conviction que l’équipage est prêt pour la suite du parcours. »

« L’équipage a mûri » :
L’équipage est plus calme, plus posé, plus confiant. Les automatismes sont là. Les décisions sont plus fluides. Chacune connaît sa place, ses forces, ses limites, et celles des autres. Il y a moins de mots, mais plus de compréhension. C’est le signe d’un collectif qui a mûri en mer. L’équipage est plus solide, plus aligné, plus expérimenté. Nous avons grandi ensemble, dans l’effort, dans la durée, dans la performance. C’est un équipage qui sait durer, s’adapter et avancer ensemble et qui a appris à naviguer plus vite. »

Gmür Hornell : « J’étais vraiment impatiente de passer le cap Horn. C’est un peu l’Everest de la voile, une expérience que peu de gens ont la chance de vivre, et je suis heureuse de pouvoir le rayer de ma liste.
Je pense avoir mûri en tant que navigatrice hauturière. J’ai appris à mieux gérer mes émotions et mon physique dans des conditions difficiles.
Rester en mer aussi longtemps est en soi un défi de taille et une expérience que peu de gens vivent, sans parler des conditions auxquelles nous sommes confrontées au quotidien.
Je suis vraiment heureuse de cocher l’océan Austral et de repartir vers le nord. Nous considérons chaque cap comme un nouveau départ, et le cap Horn ne fait pas exception. Maintenant que nous l’avons franchi, nous entrons dans un nouvel océan et affrontons un nouveau défi, et nous nous rapprochons un peu plus de notre objectif final, qui est d’arriver au bout ! »

Dee Caffari : « Chaque passage est unique et une bénédiction. Je sais que lorsque nous partons, tous les marins ne parviennent pas à le franchir, donc quand on y arrive, c’est spécial. J’ai la chance que chaque passage ait été très différent pour moi. En solo, en équipe, à la tête d’une équipe, dans le bon sens et dans le sens inverse. Cette fois-ci, c’est avec une équipe de marins remarquables sur un bateau très spécial, et cela a pris très peu de temps.
Le Sud a été très différent de mes expériences précédentes. Il n’a pas été aussi hostile, mais cela dit, l’état de la mer n’a pas toujours été facile. Sur un maxi trimaran, l’état de la mer est primordial. Cette machine ne demande qu’à aller vite, il a donc été crucial de la gérer dans des conditions maritimes difficiles. L’autre différence majeure est que ce bateau a un franc-bord élevé, ce qui donne l’impression d’être loin de la mer et donc d’être moins humide et d’avoir moins froid que dans mes souvenirs.
Je suis très heureuse pour les débutantes du bord, elles sont ravies d’avoir franchi cette étape importante et elles ont raison de l’être, c’est un exploit considérable. La difficulté, c’est qu’il reste encore 7 000 milles à parcourir jusqu’à la ligne d’arrivée et que l’Atlantique peut être cruel. Il est important de rester concentrées et diligentes pour les derniers milles, même si nous les parcourons avec plus de confiance et de vitesse.
Je pense qu’Alexia et moi travaillons bien ensemble et que nous avons une bonne maîtrise du bateau. Nous sommes également plus confiantes dans sa configuration et son contrôle. Comme c’est souvent le cas, maintenant que nous avons parcouru tous ces milles, nous sommes mieux préparées pour courir à fond ! »

Le saviez-vous ?
3,95 milliards de femmes sur la planète
870 femmes ont atteint le sommet de l’Everest
75 femmes ont volé dans l’espace
Et seulement 25 femmes ont passé le CAP HORN en course.

The Famous Project CIC à l’équateur

Les 8 navigatrices de The famous Project CIC naviguent depuis hier soir 20 heures 53 minutes la tête à l’endroit. Elles ont en effet franchi l’équateur en leur 48ème jour de mer, et naviguent à présent dans l’hémisphère nord. Devant leurs étraves, les dernier 3 000 milles de leur incroyable périple, soit une pleine semaine de navigation tortueuse à souhait, entre négociation de l’anticyclone des Açores et les dépressions d’Atlantique Nord. « On est super contentes, de notre temps depuis le Horn, et parce que cet hémisphère nord signifie le retour vers la maison » déclarait Alexia Barrier.

Alexia (Barrier), Dee (Caffari), Annemieke (Bes), Rebecca (Gmür Hornell), Deborah (Blair), Molly (LaPointe), Támara (Echegoyen) et Stacey (Jackson) ont lancé leur dernier sprint, qui pourrait leur permettre de voir Ouessant puis Brest jeudi 22 janvier prochain. Les filles peuvent d’ici là légitimement se féliciter d’une navigation rapide et efficace en Atlantique Sud. Passées sous le cap Horn en milieu d’après- midi le 6 janvier dernier, elles n’auront mis que 9 jours, 5 heures et 38 minutes pour rallier l’équateur, soit l’une des toutes meilleures performances de tous les temps sur ce trajet.

Ainsi qu’on a pu le constater depuis leur départ de Brest, ces 8 navigatrices du très international équipage aux commandes d’IDEC SPORT, n’ont cessé de progresser dans la maitrise du maxi multicoque. Elles ont su s’adapter aux inéluctables avaries qui, du capricieux hook de grand voile à leur foil tribord délaminé, sont venues altérer leur progression. Positionnée très à l’ouest, au plus près des rivages du Brésil, leur trajectoire devrait leur permettre de traverser en un minimum de temps ce pot au Noir si malfaisant à l’aller. Débutera alors un long bord de reaching, travers au vent d’est nord est généré par un anticyclone des Açores qui pour l’heure, porte bien son nom. De son décalage vers le sud dépend la fluidité et l’efficacité de leur route vers le golfe de Gascogne, la France, Ouessant et le port de Brest.

 

 

Bonne Espérance c’est fait pour The Famous Project CIC

Les 8 navigatrices de The Famous Project CIC en ont terminé aujourd’hui mardi à 17 heures (Françaises) avec l’immense océan Atlantique. Après 17 jours et 2 heures et 20 minutes d’une navigation riche en rebondissements depuis Ouessant, Alexia (Barrier), Dee (Caffari), Annemieke (Bes), Rebecca (Gmür Hornell), Deborah (Blair), Molly (LaPointe), Támara (Echegoyen) et Stacey (Jackson) ont franchi la longitude du fameux cap de Bonne Espérance, premier (avant les caps Lleuwin et Horn) des trois grands marqueurs de ce tour du monde.

Elles s’apprêtent à entrer dans le redoutable et redouté océan Indien, ses 70 560 000 km2 d’horizons liquides, (soit 13,83 % de la surface totale du globe terrestre), qui s’étend depuis le cap des Aiguilles (à quelques encablures dans l’est du Cap de Bonne espérance) jusqu’à la côte sud de la Tasmanie entre le South West Cape et le South East Cape. Une entrée scandée de nombreux « péages » dont l’équipage va devoir s’acquitter, à commencer par la négociation de ce courant des Aiguilles contraire à leur marche, et qui leur impose un long détour par le nord pour éviter l’infernale confrontation du vent avec la mer. Ce courant génère des tourbillons et des flux puissants jusqu’à près de 4 nœuds.

Alexia et ses équipières déploient, dans l’attente de conditions favorables pour réparer, des trésors d’énergie et d’imagination pour naviguer et progresser malgré ce handicap de hook de grand voile bloqué.

Alexia Barrier à Bonne Espérance :

« C’est un moment très fort pour nous, c’est notre premier cap sur ce tour du monde. C’est une frontière symbolique, une frontière où l’on quitte l’Atlantique et où l’on se prépare à entrer dans l’océan Indien.  On sait que derrière ce cap, tout change, la mer, le vent, l’engagement. On regarde ça avec beaucoup de respect et on a hâte. En ce moment, l’enjeu principal, c’est la météo et l’état de la mer. On doit gérer des vents forts, une houle de travers d’environ 4 mètres et surtout le courant des Aiguilles. C’est un courant puissant et quand le vent souffle face au courant, ça lève une mer vraiment casse-bateau.  En multicoque, c’est sans doute ce qu’il y a de plus exigeant, de plus stressant, être au vent de travers avec du vent et de la houle de travers.
Du coup, on travaille sur plusieurs options de route. L’idée principale, c’est d’éviter de naviguer avec le courant de face et sur une mer trop engagée, peut-être d’aller plus au nord du courant des Aiguilles. 
Il y a des affaires à suivre pour ce qui est de la météo. Ça, ça se fait évidemment avec l’équipe de routage.  On se parle régulièrement, on analyse, on compare, on essaie d’anticiper.
L’objectif, c’est d’entrer dans l’indien, dans la meilleure position.  Avec notre histoire de hook, on est limité.  On doit envisager quelle hauteur de grand voile. Savoir si on doit avoir un ris, une GV haute ou deux ris… on doit anticiper. Mais ça ne nous empêche pas d’avancer et à continuer cette navigation avec le sourire, évidemment.  Même si ces dernières heures, ça n’a pas été toujours facile d’avoir les idées claires sur les choix qu’on a faits.
Il faut poursuivre l’aventure.  Voilà, chacune a dû faire un peu de deuil de la vitesse et de nos ambitions de temps.  Mais ça y est, je pense qu’on a passé cette vague-là. »

The Famous Project CIC au cap Leeuwin

C’est à l’heure, décalage horaire oblige, où les Australiens ouvrent leurs cadeaux de Noêl que les navigatrices du projet 100% féminin de The Famous Project CIC ont franchi à 13 heures 19  (heure française) la longitude du Cap Leeuwin à la pointe sud ouest du continent Australien. Alexia (Barrier), Dee (Caffari), Annemieke (Bes), Rebecca (Gmür Hornell), Deborah (Blair), Molly (LaPointe), Támara (Echegoyen) et Stacey (Jackson) cochent ainsi le deuxième des trois grands marqueurs de leur tour du monde, après Bonne Espérance le 16 décembre dernier, et avant le Horn, au terme de 25 jours de navigation depuis leur départ d’Ouessant.

Un franchissement hautement symbolique, surtout pour les néophytes du bord, reçu et apprécié comme un véritable cadeau au terme d’une belle et rapide semaine dans l’Océan Indien. Le Maxi trimaran IDEC SPORT a démontré toute l’étendue de ses étonnantes qualités marines, dans la mer formée et dans le puissant vent de nord ouest qui a permis à Alexia et ses « girls » de tutoyer les 700 milles parcourus par 24 heures, à plus de 27 noeuds de moyenne.
Une cavalcade brièvement interrompue ce matin par un énorme filet de pêche et ses flotteurs accrochés dans le foil tribord du grand multicoque. « On est passé de 30 noeuds à 5 noeuds! » décrit Alexia. « On a mis le bateau en marche arrière et on a pu retirer ce gros filet, mais le foil est demeuré bloqué un moment en position basse. Tout est à présent rentré dans l’ordre. »
Ainsi va la vie tumultueuse des aventurières du grand Sud, quand à l’euphorie succède l’inquiétude, et vice versa. Mais en cette veille de Noêl, il faudra plus qu’un filet de pêche pour troubler l’enthousiasme de l’équipage plus à l’aise que jamais dans la conduite de son multicoque géant dans les conditions si exigeantes du Grand Sud.Alexia Barrier :
« Leeuwin, c’est un cap qui impose le respect, même quand tout se passe bien. On sait qu’on est loin de tout, engagé, et qu’on ne joue plus avec les marges. Le franchir, c’est à la fois une fierté et un rappel : on est invités ici. Alors on reste humbles, concentrées, et reconnaissantes de pouvoir passer.

L’Indien reste l’Indien : exigeant, changeant, parfois rude. La grande différence avec mon Vendée Globe, c’est le support et l’équipage. En solitaire, tout est plus lourd mentalement, chaque décision repose sur toi. Ici, on partage l’analyse, la veille, l’effort. Ça permet d’aller plus vite, mais ça n’enlève rien à la complexité de l’océan.
Le bateau est sain, l’équipage de plus en plus précis, et on est dans une zone où chaque fenêtre peut compter. Mais on ne force pas les choses : le record est une conséquence possible, pas un objectif en soi.
Notre montée en confiance est progressive. 

L’équipage vit bien. Il y a de la fatigue, bien sûr, mais surtout une vraie solidité mentale. L’ambiance reste saine, engagée, avec beaucoup de soutien entre nous. On sent que le collectif est un vrai moteur, et ça fait toute la différence sur la durée.
Notre avarie de hook a constitué un incident sérieux, mais maîtrisé. On a identifié le problème, sécurisé la situation et adapté notre fonctionnement en conséquence. Le bateau continue d’avancer dans de bonnes conditions, et on reste très vigilantes sur la suite. En mer, la clé, ce n’est pas d’éviter tous les problèmes, c’est de savoir les gérer. »

Le cap Leeuwin selon Annemieke Bes (Pays-Bas) :
« Le cap Leeuwin est le point le plus au sud-ouest de l’Australie continentale. C’est un endroit magnifique, spectaculaire et chargé d’histoire, où les puissants océans Indien et Austral se rencontrent de manière spectaculaire. Il est marqué par le plus haut phare d’Australie continentale, un repère essentiel pour les navires et un site touristique populaire connu pour sa beauté sauvage et l’observation des baleines. Il tire son nom du navire néerlandais Leeuwin (Lionne) qui l’a aperçu en 1622 et il constitue un point de repère majeur. »

Stacey Jackson (Australie ) :
« Je suis vraiment fière de passer la ligne du cap Leeuwin, car cela me rapproche un peu plus de l’objectif final. Être si près de l’Australie sans s’arrêter est tout à fait acceptable pour la mission.
Ce 24e jour en mer semble désormais être une routine normale. Même si certains jours sont meilleurs que d’autres, je considère toujours comme un privilège de faire quelque chose d’aussi cool que le Jules Verne.
C’est ma première fois sur un grand trimaran en pleine mer et c’est tout ce que j’attendais, voire plus. Il est rapide et amusant et vous oblige à être toujours un peu plus concentré qu’un voilier monocoque.
J’ai hâte de naviguer dans le Pacifique, mais les prévisions météo ne sont pas aussi bonnes qu’elles devraient l’être en ce moment. Bizarrement, il n’y a pas beaucoup de vent, plutôt que trop. Mais nous irons jusqu’au cap Horn. L’Everest de la voile.

La 80e Sydney-Hockey Race commence le Boxing Day (26 décembre) sans moi cette année, ce qui est triste pour moi de manquer le départ. (Stacey a participé à 19 éditions de cette grand classique Australienne ndlr) Mais je considère que j’ai une excuse acceptable pour ne pas être sur la ligne de départ. Je suivrai toutefois de près mes coéquipiers sur le Palm Beach 100 et mes amis sur d’autres bateaux. »

Le premier quart du tour du monde

Routeur, météorologiste, stratégiste, Christian Dumard est surtout un passionné de navigation à la voile. Conseiller météo sur plus d’une dizaine de tentatives de records du tour du monde, en plus de ses conseils auprès d’organisateurs de pas moins de 3 Vendée Globe, 3 Ocean races et 2 Golden Globe, il est, pour les navigatrices de The Famous Project CIC, la voix de la terre qui aide Alexia (Barrier), Dee (Caffari), Annemieke (Bes), Rebecca (Gmür Hornell), Deborah (Blair), Molly (LaPointe), Támara (Echegoyen) et Stacey (Jackson) à décrypter et à déchiffrer la meilleure route pour tourner autour du globe à bord d’un Maxi Trimaran de course au large.

Alors que The Famous Project CIC aborde dans d’excellentes conditions la fin hautement symbolique de la première phase Atlantique de son parcours du Trophée Jules Verne, Christian voit son respect et son admiration pour cet équipage 100% féminin croitre au fil des milles. Son approche toute en humilité et en prudence raisonnée s’avère au regard de l’immensité du challenge, la seule et bonne manière pour ambitionner de « boucler la boucle », et devenir le premier équipage entièrement féminin à finir un tour du monde en équipage et sans escale, avec le meilleur chrono possible.

Une entrée en matière raisonnée

Tandis qu’Alexia, Dee et les équipières en terminent avec leur deuxième semaine en mer, plusieurs vérités s’imposent à l’observateur, qui viennent donner à cette aventure hors norme toute sa saveur et toutes ses épices. Jamais cet équipage récemment concocté, n’a navigué aussi longtemps ensemble à bord d’IDEC SPORT. Seules trois de ces femmes ont l’expérience du grand sud, aucune à bord de maxi multicoque. Rarissimes sont celles à avoir navigué en course, en multicoque, autour du monde, et on pense naturellement à Tracy Edwards et ses équipières du catamaran Royal et Sun Alliance, contraint à l’abandon à mi-parcours. Dona Bertarelli sur Spindrift et Dame Ellen McArthur sur le trimaran B&Q Castorama peuvent, elles, se targuer d’en avoir terminé avec un tour du monde en multicoque. « Entrer prudemment dans ce tour du monde relève de la simple intelligence de mer » souligne ainsi Christian Dumard. « Toutes ces navigatrices font preuve d’un grand professionnalisme et d’une prudence mesurée sur ce type de bateau exceptionnel, au regard de l’âge vénérable de ce trimaran lancé en 2006, et au regard de leur ambition de finir cette course. Je suis très admiratif de leur capacité à mettre le curseur au bon endroit et de leur incroyable sérénité. C’est le tour du monde de la bienveillance, du vouloir bien faire, du partage, dans le calme et la bonne humeur mais aussi de la sportivité. Elles prennent le temps d’entrer dans leur course et de prendre toute la mesure de cet incroyable bateau que peu de marins ont su maitriser. Elles progressent chaque jour, chaque mille un peu plus et s’enhardissent sans s’affoler et sans excès. Elles prennent toute la mesure des potentialités, des spécificités du bateau, de ses limites aussi, et vont progressivement, à leur main, le solliciter chaque jour davantage. C’est là une approche très intelligente, qui préserve les organismes et le matériel. »

A la table des Grands…

Alexia le répète à l’envi, les 7 navigatrices et elle-même se sont invitées à la table des grands, sur un Trophée Jules Verne qui n’a vu que d’immenses marins oser tenter de se l’approprier, Peter Blake, Steve Fossett, Olivier de Kersauzon, Bruno Peyron, Franck Cammas, Thomas Coville, Francis Joyon… « Nous naviguons sur les épaules des géants » murmurait avec humilité Alexia Barrier. Leur progressive montée en puissance relève d’un calcul, d’une réflexion assumée. « La mise en route dès le départ a été lente » admet Dumard, « mais justifiée par un état de mer « casse bateau », 4 à 5 mètres de creux dans lesquels elles n’ont pas voulu prendre le moindre risque. Bien leur en a pris et elles ont pu bénéficier ensuite d’un alizé version tranquille, parfait pour continuer leur entrée en matière. Certes, le pot au noir s’est agrandi sur leur passage, et leur a fait subir toute une journée au ralenti. L’alizé de sud-est s’est montré très modéré et l’équipage a pu poursuivre leur apprentissage du bateau, de la longue vie en communauté, et se projeter dans cette première grosse réalité de leur tour du monde, l’entrée dans les régimes perturbés du grand sud. Un enchainement des plus favorable se présente à elles pour rallier le sud du continent africain, dans la nuit de dimanche à lundi prochain, au terme d’environ 16 jours depuis Ouessant. »

L’entrée dans le Grand Sud

C’est déjà la réalité pour l’équipage de The Famous Project CIC en cette fin de deuxième semaine, l’entrée dans les latitudes australes, le « pays de l’ombre » dont elles n’émergeront qu’en parant le Cap Horn, d’ici 3 à 4 semaines.  Le schéma météo immédiat montre des signes de divergence, ce qui laisse penser que le vent va osciller en force. Une ligne de nuages visible sur les images satellites se trouve exactement sur la route du bateau. Les rafales sous ces nuages sont plus fortes que le vent établi, incitant à la plus grande vigilance. L’approche du Cap de Bonne Espérance présente d’emblée un choix de route très marqué, entre une route « normale » au sud, et une route « conservatrice » au nord. L’équipage et les routeurs s’accordent pour rester au nord pendant les 24 à 48 heures à venir afin d’éviter les vents « très forts » et les rafales plus au sud à plus de 60 noeuds. L’option sud est plus rapide mais jugée trop extrême pour un premier contact avec une dépression du sud. La route conservatrice au nord est privilégiée pour réduire la hauteur des vagues et la charge sur le bateau, permettant à l’équipage d’entrer progressivement dans ces nouvelles conditions. A noter, le courant des Aiguilles* est à surveiller de près. Il convient d’éviter les situations où le vent serait contraire au courant, ce qui lèverait une mer dangereuse.

Dans les jours à venir, l’équipage vise à dépasser les vitesses prévues par le routage, de choisir la voile idéale pour le vent variable en journée et prévoir un changement afin d’anticiper un éventuel renforcement du vent ou une visibilité réduite.

*Le courant des Aiguilles est un courant marin de l’océan Indien. Il tire son nom du cap sud-africain des Aiguilles. Il s’écoule le long de la côte est sud-africaine, vers le sud-ouest, et est par endroit mesuré à plus de 4 noeuds.

L’Equateur pour The Famous Project CIC

Les 8 femmes de The Famous Project CIC ont franchi l’Equateur avec joie hier à 18h15 heure française en 8 jours 3 heures 35 minutes, l’occasion de se détendre un peu dans leur tour du Monde effréné à bord du maxi-trimaran IDEC SPORT et de bizuter Deborah Blair pour qui c’était une première !